Mesdames et messieurs, bienvenue dans la plus grande téléréalité de l’année, spéciale Ministres en Brousse ! Pendant un mois entier, nos valeureux membres du gouvernement désertent leurs bureaux climatisés de Cona-cris pour aller à la rencontre du « peuple profond ». Officiellement, pour l’écouter, comprendre et répondre à ses préoccupations. Mais selon les langues fourchues, cette tournée est une campagne électorale maquillée, où chaque discours est un slogan et chaque poignée de main une promesse… sans lendemain.

Dès le premier jour, nos vaillants ministres ont expérimenté ce qu’on appelle « Route nationale » en Guinée. Une expérience unique, mélange d’attraction de montagne russe et de test de résistance physique. Les amortisseurs de leurs 4×4 blindés ont crié grâce au bout de quelques kilomètres, et certains ministres, secoués comme du gari dans un sac, ont eu une révélation soudaine : « Donc c’est ça que les Guinéens empruntent chaque jour ? Wallahi, c’est du sport quoi ! »

Un autre, plus pragmatique, a voulu demander l’hélico… avant de réaliser qu’il n’y en avait pas. Mes amis, la nuit en milieu hostile, ça vous dit ?

Aux fins fonds des faubourgs, pas d’hôtels cinq étoiles ! Place aux chaumières, sans climatisation et avec une seule lumière : la lune. Quand l’un des ministres a demandé :

— « Où est le Wi-Fi ? »

Les villageois, perplexes, lui ont répondu :

— « Wi-Fi ? C’est le maire de quelle commune ? »

Silence gêné. Puis, résigné, le ministre a éteint son téléphone, qui n’affichait qu’une barre de réseau… et encore, en équilibre instable.

Pendant la nuit, l’épreuve ultime : le duel contre les moustiques mutants. Armés de sprays anti-moustiques et de ventilateurs manuels, les ministres ont tenté de dormir. Mais c’était sans compter sur la visite surprise des véritables maîtres des lieux : cafards, lézards et souris.

Au matin, un ministre a émergé de son gîte avec la mine d’un survivant :

— « Je comprends maintenant pourquoi les gens quittent les villages pour Conakry »…

Autre moment fort de l’immersion : la découverte des plats locaux. Au menu : du riz coloré à l’huile, des haricots, de l’igname hachée, du tô sauce gombo. Un vrai festin pour les habitués, une aventure culinaire pour les aventuriers. À fakoudou !

Un d’eux, soucieux de son régime, a timidement demandé :

— « Vous avez un plat allégé ? »

La brave ménagère, hilare, lui a répondu :

— « Oui, prenez de l’eau chaude. »

C’était dit avec gentillesse, mais le message était clair : ici, on mange comme on peut. Mieux vaut avoir un ventre plein de tout qu’un ventre vide de tout. Et tant pis si le ventre des ministres, habitué aux petits fours, proteste.

 Alors, convaincus ? Après un mois d’épreuves, nos ministres vont bientôt retourner à Conakry, un peu amaigris, un peu fatigués, mais surtout soulagés de retrouver leurs bureaux climatisés. Ont-ils compris les vrais problèmes des populations ? Ont-ils réalisé que les discours ne remplissent pas les assiettes et que les promesses ne bitument pas les routes ? Rien n’est moins sûr. Ce qui est certain, c’est qu’ils auront, à leur retour, de belles histoires à raconter… et sûrement des solides arguments pour prolonger la transition :

— « Le peuple nous a dit de rester encore un peu… Pour bien finir le travail ! »

Wallahi, la Guinée ne finira jamais de nous surprendre ! À fakoudou !

Par Sambégou Diallo