Alors que la Guinée traverse une crise financière sans précédent depuis trois mois, Faya Mini-mono, prési du Bloc Libéral (BL), y est allé de son diagnostic. Il a signé une tribune qui égrène les causes, conséquences et esquisse des pistes de solution pour en sortir.
Le politicard dénonce une gouvernance défaillante et propose un modèle alternatif fondé sur la transparence, la justice sociale et le leadership. Même que la crise actuelle n’est pas tombée du ciel. Elle serait le fruit de dérèglements économiques structurels et conjoncturels : mobilisation fiscale en panne, économie extractive dominée par des multinationales exonérées, assiette fiscale étroite et inefficace, régies financières en crise gangrenées par des détournements, gouvernance opaque, fuite massive de capitaux, manipulation illégale des réserves et perte de confiance, masse salariale hypertrophiée alimentée par le clientélisme, gestion de trésorerie à courte vue fondée sur des emprunts à court terme, recul de l’aide extérieure dû à la méfiance des bailleurs, dépendance chronique aux importations…(Excusez du peu !) Le patron du BL pointe une crise de confiance généralisée dans les institutions, les banques, l’Etat.
La Banque centrale de la République de Guinée, quant à elle, accuse une thésaurisation massive : 94 % des billets en circulation ne retourneraient pas dans le circuit bancaire. Elle recommande aux acteurs impliqués d’accélérer la digitalisation des paiements, pour réduire la dépendance au cash, en favorisant les virements bancaires, les paiement mobiles et l’usage des cartes de crédits.
Pour le patron du BL, plus qu’une crise économique, la Guinée vit une rupture systémique ; avec des répercussions aussi bien sur les ménages que les institutions financières : « Les banques sont à sec, les guichets vides, les PME privées de crédits et les citoyens désabusés. Le système bancaire est paralysé, les retraits plafonnés, les projets de développement sont ralentis, une dépendance à l’aide extérieure, un endettement à court terme, les programmes sociaux suspendus, la confiance dans la monnaie et les institutions effondrée et les investisseurs fuient. L’économie est prise dans un cycle court- termiste de survie, où l’État emprunte sans bâtir de base durable, aggravant les tensions de trésorerie, qui affaiblissent les banques et compromettent la relance économique. Un ralentissement, voire une suspension de plusieurs financements extérieurs accroissant la crise de liquidité ». Il dénonce « une gestion budgétaire chaotique et une absence totale de vision stratégique de l’État. »
Remettre le pays sur les rails
Face à cette crise multiforme, Faya Mini-mono plaide pour un développement inclusif, qui repose sur des secteurs vitaux : « Repenser les bases du développement guinéen, par la mise en place d’un Programme National de Développement inclusif et durable, chiffré, mesurable, ciblant les secteurs clés comme l’éducation, la santé, l’agriculture, l’emploi des jeunes et les infrastructures de base. »
Il appelle également à une refondation du système économique et politique afin de remettre le pays sur les rails du développement durable. « La transparence totale dans la gestion des ressources publiques et les projets miniers ; la justice fiscale pour que chacun contribue selon ses moyens et que les multinationales cessent de piller sans redistribuer ; l’investissement productif orienté vers l’industrie locale, l’agriculture, l’éducation et la santé ; la restauration des libertés fondamentales pour permettre aux citoyens de participer à la construction de leur avenir. »
Faya de conclure que « la Guinée ne manque ni de talents, ni de potentiel, ni de ressources pour avancer » mais de leadership à la hauteur des enjeux et des attentes.
Mariama Dalanda Bah