Le 22 août, Emirates Global Aluminium (EGA) a annoncé que sa filiale Guinea Alumina Corporation (GAC) met définitivement faim à toutes ses activités en Guinée, dénonçant « l’expropriation illégale » de ses actifs par les autorités guinée-haines.

C’est acté. GAC part du bled après vingt ans d’extraction et d’exportation de la bauxite dans la préfecture de Boké. Sa concession minière a été retirée par les autorités, le 4 août, pour « non-respect des dispositions du Code minier. » Cona-cris reproche à GAC de n’avoir pas construit une raffinerie d’alumine, conformément à la convention de base du 15 octobre 2004. Sa concession a été refilée à la société Nimba Mining Compagny, créée le 4 août 2025 et détenue à 100 % par l’État guinéen.

Dans un communiqué du 22 août, la société émiratie affirme avoir proposé depuis plusieurs semaines aux autorités guinée-haines de collaborer en vue d’un transfert de ses activités de « manière ordonnée et dans des conditions de sécurité satisfaisantes, tout en réservant tous ses droits. Les autorités ont continué d’agir unilatéralement et d’adopter une série de mesures illégales à l’encontre de GAC afin de prendre le contrôle de ses activités et de ses actifs. »

Le doc indique que GAC va procéder à la démobilisation de son personnel et à la résiliation des contrats de tous les prestataires de services : « GAC ne sera plus présente et n’exercera plus aucun contrôle sur les sites du projet à compter du 22 août 2025 à 23h 59 », ajoute-t-il.

EGA renchérit qu’à partir du 23 août 2025 à minuit, la Guinée aura la responsabilité exclusive de l’exploitation et de la sécurité des installations, des infrastructures, des équipements et des matériaux sur le site. La société disposait d’une base-vie à Tingulinta (sur la route nationale Boké-Kamsar) et un port minéralier à Kamsar, près de l’embouchure du fleuve Rio Nunez. GAC exploitait une concession minière de 690 km2, avec des réserves de près de 400 millions de tonnes de bauxite. La société affirme avoir, en 2024, versé 53 millions de dollars ricains de redevances, d’impôts et de taxes au goubernement guinéen.

Les autorités guinée-haines tiennent à « assainir » le cadastre minier. Au moins, 400 concessions minières et permis de recherche ont été retirés par le ministère des Grises mines et la Présidence.

Hériter des actifs…

Deux jours avant le retrait de la concession minière de GAC, l’Inspection régionale des mines de Boké a procédé à l’inventaire des biens de la société sur ses installations de Tingulinta et de Kamsar. Joint au téléphone, Ismaël Ouattara, l’Inspecteur régional des mines de Boké, a répondu que cela visait à répertorier les équipements et à évaluer leurs valeurs, car « nous sommes en contentieux avec GAC. Ces gens-là doivent à l’État, ils n’ont pas de respect pour nous. Ils refusent de construire une raffinerie d’alumine en Guinée. » Ismaël Ouattara précise que les biens répertoriés reviennent automatiquement à l’État guinéen, conformément au décret du 4 août. « Nous allons les mettre au compte de la société Nimba Mining Compagny qui va reprendre les activités de GAC », prévient-il.

Selon GAG, plus de 3200 employés seront mis au chômage, dont 96 % de Guinéens. Sur Rfi, le 8 août, le Premier ministre, Amadeus Oury Bah, a rassuré : « Nous ne voulons pas sacrifier nos compatriotes, tout au contraire, nous défendons leurs droits. Nous allons tout mettre en œuvre pour qu’ils retrouvent un emploi sécurisé. » Les employés devraient être repris par Nimba Mining Compagny, loin de prendre forme, pour l’heure. Boubacar Diallo, syndicaleux des employés de GAC, se désole du départ de son employeur. Même si « heureusement la société n’a pas laissé d’arriérés de salaire, se réjouit-il. Nous, syndicalistes, allons mener des démarches auprès des autorités afin qu’elles garantissent nos emplois à Nimba Mining Compagny. »

…Supporter les charges de GAC

Amadou Bah, le dirlo exécutif de l’ONG Action Mines Guinée, reste pessimiste. Le « souci majeur » est de réembaucher de milliers d’employés à Nimba Mining Compagny. « Leur chômage affectera plusieurs familles, l’État perdra beaucoup de taxes, notamment sur les salaires », ajoute-t-il.

Amadou Bah, le dirlo exécutif d’Action Mines Guinée, trouve que « le retrait définitif de GAC est logique, puisque la société a perdu sa concession minière. Elle n’a pas respecté la convention de base avec l’État. Mais, il y a deux cas que la société peut mettre en avant : demander à l’État guinéen de lui rendre sa concession ou saisir les juridictions internationales contre le retrait de sa concession par les autorités guinéennes. En attendant, le plus important pour la Guinée est de mettre en place un plan qui prendra en compte les clauses et les responsabilités sociales », suggère-t-il. L’essentiel pour l’État est, conclut Amadou Bah, de mettre en place un système qui va absorber les travailleurs de GAC et maximiser les bénéfices miniers pour le bled. Amen !

Yaya Doumbouya