Malgré les mises en garde du coordinateur national de la Génération pour la modernité et le développement, les installations des bureaux communaux et préfectoraux de la future formation politique présidentielle continuent de plus belle. Les personnes choisies sont déjà rejetées.

Pour les législatives, communales et communautaires prochaines, la bataille fait déjà rage au sein de la GMD. Au nom de ce parti en gestation, des cadres de l’administration et autres soutiens se mettent déjà à installer leurs antennes dans les communes de Conakry et les préfectures à l’intérieur du pays. Histoire de se mettre en ordre de bataille pour les futurs scrutins. Mais l’opération d’installation divise les soutiens du pouvoir. Le Premier ministre a beau taper du poing sur la table, certains partisans restent sourds sur le terrain et foncent vers leurs objectifs. Ce qui entraîne bras de fer, invectives, accusations et contre accusations, manipulation…

Badra Koné à l’index

Tout est parti de la commune de Matam. La sélection par Badra Koné, président de la délégation spéciale de Matam, des membres fondateurs du parti dans sa commune fait polémique. La liste est aussitôt rejetée par Mohamed Lamine Bangoura et Hadja Bountouraby Sylla alias Tö sogué. Ces conseillers communaux frondeurs accusent leur maire d’avoir fait la part belle à sa famille et à ses amis de l’Union des forces républicaines (UFR), son parti d’origine dirigé par l’opposant en exil Sidya Touré.

« Pour faire une liste ici, il faut consulter tout le monde. Puisque les textes parlent de l’inclusivité. Mais le PDS, sa famille et son parti d’hier prennent la situation. Ils font la composition de la liste à leur niveau sans que les habitants de Matam, les leaders, ceux qui ont mouillé le maillot pour le Président [Mamadi Doumbouya] ne soient informés, consultés et intégrés dans cette liste », enrage Mohamed Lamine Bangoura.

Le conseiller communal ne digère pas que Badra Koné les contourne pour cheminer avec des opposants : « Nous sommes tous de Matam. L’UFR n’a pas adhéré, n’a pas fondé, n’a pas aidé la GMD. Celui qu’il a pris dans ce parti, chaque samedi, il est au siège de l’UFR. Mais il veut encore commander la GMD à Matam devant nous. Ça ne marchera pas, on refuse. »

Bah Oury réaffirme son autorité

Badra Koné, joint par notre rédaction, assimile la fronde à de l’émotion : « Le débat exige connaissance et responsabilité. Ceux qui maîtrisent les règles construisent, les autres commentent. »

Amadou Oury Bah a tenu une conférence de presse sélective le 23 février, au siège de la GMD-Bâtir ensemble à Kaloum, pour essayer de dissiper les tensions. Le Premier ministre et coordinateur national du futur parti au pouvoir rappelle qu’il a mandaté les directoires préfectoraux et communaux de campagne de lui remonter les listes : « Samedi dernier, un tri a été effectué à travers des assemblées constitutives afin de dégager, sur plus de 200 membres fondateurs, 11 représentants reflétant les configurations sociopolitiques, socioéconomiques et socioculturelles de chaque préfecture. Rien ne peut être parfait. Nous allons corriger à la marge ce qui a été relativement mal fait. »

Et Bah Oury de marteler : « La seule personne qui donne mandat de la mise en place d’une structure GMD-Bâtir ensemble dans le processus de législation, c’est moi. Pas quelqu’un d’autre. » En effet, Mamadi Doumbouya lui a confié la mission de structurer la GMD et de la mettre sur orbite, dans la perspective des échéances électorales futures. L’ancien directeur de campagne a appelé les alliés du pouvoir à la présidentielle du 28 décembre dernier à abandonner leurs structures pour adhérer individuellement à la nouvelle mouvance. Ou à rejoindre les rangs de l’opposition.

Fronde à Dixinn et Kouroussa

S’ensuit une guéguerre de positionnement. Des membres de l’Association et Sèrè de soutien à la GMD dans la commune de Dixinn, s’estimant floués, ont organisé un rassemblement lundi 23 février devant leur siège. Ils rejettent aussi la liste faite par leur directoire : « Notre absence sur la liste des membres fondateurs soulève une réelle problématique d’équité, de reconnaissance et de justice interne. Au-delà de ce cas précis, la jeunesse et les femmes de la GMD de Dixinn déclarent solennellement ne pas reconnaître la liste de 20 membres retenus comme fondateurs de la GMD de Dixinn. La liste ne reflète ni la réalité du terrain ni la représentativité des forces militantes locales, nous dénonçons une méthode de sélection opaque, exclusive et déconnectée des dynamiques de base », tacle Charles Mohamed Kolié.

A Kouroussa également, une partie de la jeunesse rejette la liste préfectorale, arguant du même motif d’exclusion.

A Labé, le directoire préfectoral de campagne est accusé de s’être taillé la part du lion, au détriment des représentants des sous-préfectures ou d’autres couches sociales. Les membres du directoire se considèreraient donc de facto membres du futur nouveau bureau préfectoral de la GMD. Soit 20 personnes presque toutes issues du directoire préfectoral de campagne.

La presse locale flétrit la cooptation d’un membre de la délégation spéciale en son nom.  « C’est au cours d’une réunion que cette information est sortie. Dans la liste des membres fondateurs de GMD, la délégation spéciale qui n’a droit qu’à un seul membre en a eu deux. Ils ont dit que la deuxième place revenait à la presse. Celle qui a été choisie est une ancienne journaliste. Nous avons protesté. Ils disent maintenant que Mariama Ciré est prise en tant que femme et non en tant que journaliste. C’est de la manipulation », dénonce notre confrère Idrissa Sampiring Diallo. « Un journaliste peut décider de militer dans un parti politique, mais donner de la place aux médias dans une formation politique, c’est inédit. Nous ne pouvions laisser passer cela », conclut le journaliste.

Yacine Diallo