Le 15 avril, la journée internationale des droits des nounous du 8 Mars a été célébrée en Guinée au stade Petit Sory de Nongo (commune de Lambanyi). En raison de la coïncidence avec le mois de ramadan, celle-ci avait été différée.

Le thème de la fête : « Assurer la justice pour toutes les femmes et les filles de Guinée ». Habillées en tenue traditionnelle de la Moyenne Guinée communément appelée « n’gara », teintées de Bazin, comme d’habitude, les nounous venues de divers horizons, ont dansé et chanté sous un soleil de plomb. Autorités administratives, activistes, nounous de l’administration, défenseuses des droits des nounous, le Prési de la République, Mamadi Doum-bouillant, tous n’ont pas voulu se conter l’évènement.

Patricia Adeline Lamah

Patricia Adeline Lamah, ministre de la Femme, de la Famille et des Solidarités, a dressé un état des lieux sans complaisance. Elle a souligné que l’accès à la justice demeure encore une difficulté majeure pour de nombreuses nounous : « Le thème retenu cette année renvoie à une réalité encore préoccupante. De nombreuses femmes rencontrent des difficultés pour faire valoir leurs droits, en raison du coût des procédures, de l’éloignement des services, du manque d’informations, mais aussi des pressions sociales. Dans ces conditions, l’égalité devant la loi reste un objectif qui demande d’efforts constants », regrette-t-elle, avant de reconnaître néanmoins des progrès. « La Guinée dispose aujourd’hui de cadres importants : la politique nationale genre, la stratégie de lutte contre les violences basées sur le genre, les guichets uniques de prise en charge, l’action de l’OPROGEM et des structures de protection. L’instauration d’un quota de 30% de femmes dans les instances de décision constitue également une avancée significative ». La ministre a mis l’accent sur l’écart persistant entre les textes et leur application effective, évoquant la situation des nounous incarcérées à l’Hôtel cinq étoiles de Coronthie. Patricia Adeline Lamah se félicite tout de même que « neuf femmes aient recouvré la liberté. »

Le Président Mamadi Doumbouya au stade de Petit Sory de Nongo

Parlant de l’autonomisation de la nounou, elle a rappelé qu’une nounou sans indépendance financière demeure vulnérable. D’où sa plaidoirie pour l’implication des nounous dans les décisions économiques et politiques, pour le changement des mentalités, tout en encourageant les filles à croire en leurs capacités.

« Vision des autorités »

La Gouverneure de la ville de Cona-cris, la générale M’Mahawa Sylla, a rappelé la vision des autorités, qui placeraient les nounous et les jeunes au cœur des priorités nationales : « Le président de la République a dédié, dans son discours d’investiture, son septennat aux femmes et aux jeunes de Guinée. Dans la même optique, le thème choisi cette année par les Nations Unies est en droite ligne avec cette vision : “Droits, justice, action pour toutes les femmes et les filles”. C’est pourquoi, il est indispensable pour nous femmes, garantes de la stabilité et baromètres de la société, d’unir nos efforts afin de lutter contre toute forme de discrimination et de violence, pour une justice équitable pour tous ».

Appel à l’action

Le représentant des Nations-Unies en Guinée, Diego Zorrilla Orsat, a salué la diversité et le rôle central des Guinéennes dans tous les secteurs : « Nous célébrons les femmes des villes et des campagnes, celles qui dirigent, entreprennent, cultivent la terre, éduquent, soignent et transmettent les savoirs et les valeurs, souvent dans des conditions exigeantes et parfois invisibles. Cette diversité est une richesse. Elle nous rappelle que les pays ne se construisent pleinement que lorsque toutes leurs femmes avancent ensemble. Cette journée n’est pas seulement une célébration, elle est aussi un appel à l’action. Le thème retenu nous rappelle une réalité fondamentale : il existe encore un écart important entre les droits proclamés et leur effectivité dans la vie quotidienne. La reconnaissance des droits est un début. Elle doit s’accompagner d’actions concrètes, de politiques publiques inclusives en matière d’emploi, de santé, d’éducation et de protection sociale, ainsi que d’une justice accessible à toutes et à tous ».

Plaidoyer des nounous

Au nom des « nounous de Guinée », Adama Denise Diaby a plaidé pour l’application effective du quota de 30 % dans les postes nominatifs et électifs, le renforcement du Conseil national des femmes et filles de Guinée : « Nous demandons également le renouvellement des appuis financiers aux femmes entrepreneures, l’octroi de huit frigos à poisson de grande capacité pour les régions et la ville de Conakry, ainsi que la construction de marchés. Le Conseil national des femmes de Guinée ainsi que toutes les faîtières féminines tiennent à réaffirmer leur soutien au programme Simandou 2040 qui s’inscrit dans une vision inclusive et prend en compte les aspirations des femmes ». Rideau !

Kadiatou Diallo