Après plus de deux semaines de suspension, la Chambre de jugement de la Cour de répression des infractions économiques et financières (Crief) a repris ce 27 avril le procès de l’ancien président de la Cour constitutionnelle. Mohamed Lamine Bangoura s’est de nouveau expliqué à la barre sur les griefs de détournement présumé de deniers publics articulés contre lui.
Mohamed Lamine Bangoura et quatre cadres de l’ancienne Cour constitutionnelle sont poursuivis par l’Etat pour détournement de deniers publics, corruption et enrichissement illicite portant sur 20 milliards de francs guinéens accordés à l’institution qu’il dirigeait.
Cet ancien doyen de la faculté des sciences juridiques de l’Université de Sonfonia (2009-2015) a juré ne devoir aucun sou à l’Etat guinéen. Ses deux immeubles à Conakry et un à Dakar, le prévenu rassure les avoir acquis à la sueur de son front : lui qui touchait un salaire de 6 millions de francs guinéens par mois en qualité d’enseignant.
Outre l’enseignement, il soutient qu’il menait des consultations en parallèle. Toutefois, Mohamed Lamine Bangoura a déclaré qu’il ne dispose d’aucun document ou pièces en guise de preuve de ses consultations, encore moins des traces des rémunérations qu’il percevaient en contrepartie de ses prestations.
Le substitut du procureur spécial de la Crief, Pierre Segbé Kamano, rétorque que Mohamed Lamine Bangoura était l’unique ordonateur de l’institution. Et d’enjoindre au prévenu de s’expliquer sur la gestion des fonds alloués à la Cour constitutionnelle, notamment une subvention de 20 milliards de francs guinéens.
Le prévenu répond que la subvention « est sans orientation ou ligne de repartition. On est libre avec la subvention, mais le budget est structuré. Dès que tu consacres l’argent ailleurs, c’est le détournement. Mais avec la subvention, on était libre. Tout le monde en bénéficiait : carburant, cas de maladies, plénières, primes…»
« Est-ce que la subvention échapait à tout contrôle ? », charge le ministère public. « C’est une affaire de DAF, qui est un service d’appui qui n’est pas soumis à mon autorité. Il n’y a aucune opacité, il y a un service de contrôle à priori », se défend le magistrat.
A propos de ses deux immeubles à Conakry (quartier Nongo), l’ancien président de la Cour constitutionnelle insiste sur ses sources ayant permis de les acquérir, bien avant sa nomination en 2018. Il soutient avoir revendu la maison de son père à Paris et contracté un prêt bancaire à Afriland First Bank de 2 milliards de francs pour l’achat de son immeuble à Dakar. Même qu’il est titulaire de nombreux comptes bancaires dont le premier totalise entre 600 et 700 millions de francs guinéens; le deuxième, 100 000 millions et le troisième, il ne retient pas le solde.
Mais il admet n’avoir pas déclaré ses biens à sa prise de fonctions. « C’était pas la mauvaise foi. A notre installation, on avait pas cette culture de déclaration des biens », justifie le prévenu.
Il faut rappeler que Mohamed Lamine Bangoura était membre de la Cour constitutionnelle en 2015 avec un salaire de 21 millions de francs guinéens. Devenu vice-président de l’institution en 2017, il touchait un salaire mensuel de 22 millions. Président à partir de l’année suivante, sa rémunération est montée en flèche à 75 millilns de francs guinéens.
L’affaire a été renvoyée au 4 mai.
Yaya Doumbouya

