Les ordres contradictoires d’interdiction de la circulation, dans le détroit d’Ormuz, se télescopent. C’est d’abord aux Iraniens, décidé, au mépris du droit international maritime, d’interdire aux navires battant pavillon de pays amis des États-Unis et d’Israël d’emprunter cette voie d’eau. Les Américains leur ont ensuite emboîté le pas en interdisant l’accès et la sortie des ports de la République Islamique d’Iran. C’est l’arroseur arrosé, quoi ! On en est là. Cette inflation d’interdictions rappelle une situation triviale mais profondément significative des campus universitaires français qui avait été l’une des causes de la révolution estudiantine de Mai 1968. On a envie de reprendre le leitmotiv des soixante huitards français : «Il est interdit d’interdire». Car il est toxique de perturber la navigation dans le détroit d’Ormuz, passage obligé d’importantes quantités de produits stratégiques indispensables au fonctionnement efficace et efficient de l’économie mondiale.
On sait que les pays du Golfe persique font partie des plus grands producteurs des énergies fossiles, notamment le pétrole et le gaz et utilisent le détroit d’Ormuz pour les évacuer à destination du reste du monde (Afrique, Asie, Amérique et Europe). Il faut noter que les produits pétroliers dérivés sont utilisés dans l’industrie pharmaceutique mais aussi dans la fabrication d’engrais. Aussi, l’Iran elle-même a nécessairement besoin d’importer et d’exporter des matières premières et des biens manufacturés, par mer, pour le bien-être de sa population. Restreindre le nombre de navires utilisateurs du détroit d’Ormuz à celui de ceux qui appartiennent à ses amis réduirait à sa portion congrue la flotte qui emprunte ce passage.
Quant aux États-Unis, conscients de leur statut et leur rôle de première puissance économique du monde, ils devraient évaluer les gains et les pertes que leur vaut la fermeture des ports d’Iran.
En tout état de cause, si les interdictions font des heureux, ce ne sont pas les protagonistes. Loin s’en faut ! Dans cette affaire, il y a et il y aura plus de mal que de bien pour tous. La raison est donc sans doute du côté de ceux qui prônent l’arrêt des hostilités, la tenue de négociations et la paix dans la région. Il est temps de libérer les centaines de navires et les milliers de marins « pris en otages », dans le détroit. Qu’ont-ils fait, les pauvres ?
Bien d’autres intérêts sont également en cause dans la perturbation en cet endroit. Compte tenu des risques encourus par les bateaux chargés de biens marchands bruts ou manufacturés, les armateurs contractent d’onéreuses polices d’assurance pour se prémunir contre d’éventuelles difficultés. La longue immobilisation des bateaux et des marins entraîne un coût conséquent en matière d’assurance. Actuellement, on assiste donc à une surenchère de la part des sociétés d’assurance. Tout cela participe de la crise économique née du conflit armé qui sévit au Moyen-Orient, avec ses cycles de conflits et de paix. On peut croire encore au retour d’une paix durable, le Pakistan se démène comme un beau diable pour amener les États-Unis et l’Iran à fumer le calumet de la paix. Que personne ni rien n’interdisent plus le détroit d’Ormuz au monde !
Abraham Kayoko Doré

