Alioune Badra Cheikna Koné, président de la Délégation spéciale de Matam et candidat de la Génération pour la modernité et le développement (GMD-Bâtir ensemble) aux prochaines élections communales, est dans le viseur de la justice. Il est soupçonné de détournement de deniers publics, auditionné pendant des jours à la Direction centrale de la police judiciaire (DPJ) avant d’être placé sous mandat à la Maison centrale de Conakry.
À un mois des échéances électorales du 31 mai, les ennuis judiciaires de Badra Koné pourraient compromettre ses ambitions politiques. Placé en garde à vue depuis le 23 avril, il est placé sous mandat de dépôt en attendant l’ouverture de son procès.
Les investigations portent sur un montant estimé à une vingtaine de milliards de francs guinéens, qui manquerait dans les caisses de la mairie de Matam.
Cette affaire a éclaté après que les présidents des Délégations spéciales, désireux se porter candidats à leur succession, ont été enjoints de démissionner et de présenter leurs rapports de gestion. Badra Koné s’était exécuté en rendant public un bilan qu’il qualifiait de « transparent ».
Trous financiers
Mais au lendemain de cette démarche, une mission de l’Inspection générale d’État a été dépêchée pour auditer les comptes présentés. Les premiers résultats auraient mis en évidence des trous financiers, notamment sur les dépenses liées à la rénovation de la mairie ainsi que sur la gestion des recettes perçues à travers les marchés de la commune de Matam.
À la suite de ces constats, l’ancien responsable communal a été convoqué par l’Office de répression des délits économiques et financiers (Ordef), avant d’être placé en garde à vue à la DPJ : « Des inspecteurs sont intervenus après le dépôt de son rapport. C’est de là qu’est née cette affaire de milliards détournés », confie une source proche de la mairie.
Badra Koné ne serait pas le seul concerné par l’enquête. Moustapha Sanoh, receveur communal et proche collaborateur du candidat, est également en garde à vue. D’autres responsables administratifs ont été entendus dans le cadre de la procédure, mais restent libres à ce stade, à l’image du secrétaire général de la commune, qui assure actuellement l’intérim.
Contestations internes
Au sein même de l’administration locale, certaines voix dénoncent une gestion jugée opaque. Des membres de la Délégation spéciale évoquent un fonctionnement en cercle restreint, excluant une partie des conseillers communaux. « Il est aujourd’hui rattrapé par des dénonciations internes », souffle l’un d’eux.
Interpellés le 23 avril, Badra Koné et Moustapha Sanoh auraient dû voir leur garde à vue prendre fin 48h après. Une prolongation qui suscite des interrogations dans leur entourage. Certains proches du candidat dénoncent une instrumentalisation de la justice à des fins politiques : « La rapidité avec laquelle cette affaire est traitée interpelle. On veut faire croire qu’il est le seul responsable, alors que d’autres gestions similaires n’ont jamais été inquiétées. Sa candidature dérange », soutient un des proches de Badra Koné. Devant les locaux de la DCPJ ce mardi, ses soutiens ont menacé d’empêcher la tenue des élections locales à Matam si leur mentor n’était pas libéré. Mais à la place de cette libération, Badra Koné est écroué à la Maison centrale de Coronthie.
Soutien du président de la transition, Mamadi Doumbouya, dont il avait activement promu la candidature à la présidentielle du 28 décembre, Badra Koné voit aujourd’hui son avenir politique suspendu à l’évolution d’une procédure judiciaire.
Yacine Diallo

