A moins de deux mois des sélections légis-tardives et communales décalées au 31 mai, le choix des têtes de listes du pourboire continue à faire jaser. Les prési des délégations spéciales adoubées par leur hiérarchie se heurtent aux réticences des autres prétendants.

Dans le bras de fer pour la conduite des listes GMD aux communales, le pourboire semble avoir choisi son camp : on ne change pas les prési des délégations spéciales nommés par Mamadi Doum-bouillant alors prési de la Transition. Ces autorités locales ont la lourde tâche, pour ceux qui veulent rester au trône, de faire gagner la Génération pour la modernité et le développement (GMD), dans les différentes communes de Cona-cris et dans les buissons de l’arrière-bled. Le choix, encore officieux, intervient après moults tractations, des divergences entre les prési des délégations spéciales et les autres militants de GMD qui militent pour l’alternance.

Dans pratiquement chaque circonscription, le directoire de campagne croulait sous les candidatures. Chacun voulait porter le flambeau, personne n’envisageait de céder au profit de l’autre. L’équation était à plusieurs inconnues. C’est la Gouv de la ville de Cona-cris qui a donné le ton. La générale Mahawa Sylla a réuni, le 2 avril, les prétendants des 13 communes de la capitale. Histoire de mettre les poings sur les ires. 

Les dés pipés d’avance

« Elle nous a informés que le choix des autorités pour être tête de liste portaient sur les présidents des délégations spéciales. Elle nous a demandés de trouver un consensus », confie au Lynx un prétendant à la mairie de Ratoma.

Fafa M’bira Manè, prési de la délégation spéciale de Lambanyi, ajoute que tous les protagonistes étaient à la réunion avec la Gouv de Cona-cris : prési des délégations spéciales, candidats indépendants et ceux soutenus par certains directoires communaux de campagne. Le conclave aurait permis d’aplanir les divergences. Décision aurait été prise de fusionner les listes : « On m’a fait signer un document ou tout le monde se retrouve. Les listes ont été confrontées, notamment celles du directoire de campagne et du conseil communal sortant, pour en obtenir une seule. »

La même stratégie aurait été dupliquée à l’intérieur du pays, pour solder les différends. Des candidats auraient été contraints de laisser le champ libre aux maires sortants : « C’est le choix des autorités, pas celui des électeurs. Ils s’accrochent à leurs hommes de main, parce qu’ils estiment que ceux-ci ont bien fait le travail pendant l’élection précédente. On ne pouvait plus rien faire à partir du moment où même leurs cautions auraient été payées par elles », regrette un candidat. Il craint que la méthode des autorités ne les desserve : « Ils ne savent pas comment mobiliser. Ils traînent, pour la plupart, des casseroles. Ces élections risquent aussi d’être boycottées. »

Exit la compétence et la démocratie

A ces sélections communales, il n’y a de suspens que dans la course au contrôle des listes de la Génération pour la modernité et le développement (GMD). Le reste, c’est un secret de polichinelle que le pourboire se déclarera vainqueur sans aucune hésitation. Au sein de la société civile, certains s’inquiètent de la manière par laquelle le choix des futures maires se fait. Moustapha Sylla, spécialiste de gestion des collectivités locales, dénonce le fait que le critère compétence n’ait pas prévalu : « Mon constat est que la compétence n’est pas mise en avant. Or celle-ci devrait être le creuset dans ces choix… Je crois que les gens ne comprennent pas l’enjeu de cette élection. Elle est tellement importante pour la gestion des collectivités à la base que la compétence devait être le principal critère. »

Pour Moustapha Sylla, la seule façon de rendre indépendantes les différentes mairies, est de les confier à des maires compétents : « Ce sont les personnes compétentes qui ont la capacité de concevoir et d’exécuter des politiques censées être rentables pour les populations à la base. »

Jusque-là, la volonté du leader du parti au pouvoir et celle de ceux de l’opposition ont toujours fait loi dans le choix des candidats aux différentes sélections en Guinée.  

Bis repetita

Face à ce choix jugé incompréhensible dans beaucoup de circonscriptions, des recalés auraient décidé de maintenir leur candidature en tant qu’indépendants : « Nous savons qu’ils ne sont pas populaires. Les électeurs vont nous départager, si l’élection est transparente », se console un recalé.  

Comme à la sélection présidentielle, le pouvoir Doum-bouillant va aux communales et aux législatives sans les grands partis politiques, pour la plupart dissous. Il se retrouve quasi seul face à des challengers qu’il s’est choisi, pour des scrutins sans enjeu. Pas de trace de l’UFDG, de l’UFR et du RPG, rayés de la carte politique. Le Parti de l’espoir pour le développement national (PEDN) de Lansana Kou-raté opte lui pour le boycott. Convaincu certainement qu’il n’a aucune chance de se faire de la place au soleil.

Le CNRD fera donc compétition avec pratiquement ses mêmes adversaires politiques de la présidentielle de décembre dernier. Les nouveaux, l’Union démocratique de Guinée (UDG) de Mamadou le Scylla de Dixinn-Bora et le Parti des démocrates pour l’espoir (PADES) d’Ousmane Kaba-ko. Le premier avait boycotté la présidentielle ; le second, recalé par la Basse-Cour suprême. Ils décident d’aller titiller les candidats de Doum-bouillant : « Nous en avons déjà fini avec les dossiers de candidatures », s’enthousiasme un membre du PADES. Les regards sont tournés vers la Direction générale des élections (DGE) qui tarde à publier la liste des candidats aux sélections légis-tardives et communales.

Yacine Diallo