Sans vouloir jouer aux Cassandres, il apparaît de plus en plus que les attaques des mouvements du JNIM et du FLA contre certaines régions du Mali, et du camp de Kati, dans la semaine du 25 avril dernier, resteront sans conséquences notables pour ce pays voisin. Les autorités militaires ayant opté pour une solution militaire, qui malheureusement n’a guère produit les résultats escomptés, auraient tout intérêt à revoir leur stratégie, en vue d’une résolution pérenne.
Au regard de l’histoire mouvementée du Mali, de toute évidence, une solution militaire ne règlera nullement la situation qui prévaut dans ce pays. Pour comprendre les tenants et aboutissants de cette crise, il y a lieu de suivre le fil de l’histoire du pays.
La pénétration coloniale française s’est faite en suivant le fleuve Sénégal et le fleuve Niger, depuis l’Océan Atlantique en allant vers l’est. Tombouctou est conquise en 1894 et Gao en 1899. Le territoire de l’Azawad est alors intégré au Soudan français qui sera une composante de l’Afrique-Occidentale française. Le 30 octobre 1957, les Touaregs et les Maures de l’Azawad demandent à ne pas faire partie du processus d’indépendance ouest-africain à travers une pétition signée par 300 chefs locaux et portée par le Cadi de Tombouctou, Mohamed Mahmoud Ould Cheikh. La France est alors en pleine crise institutionnelle qui prend fin avec le retour du général de Gaulle, le 13 mai 1958.
Cette pétition est portée à la connaissance des autorités françaises par une lettre adressée au général de Gaulle le 30 mai 1958. Les responsables touaregs et maures soulignent leur incompatibilité avec les sociétés subsahariennes et demandent à être intégrés au Sahara algérien (l’Algérie, contrairement à une colonie comme l’Afrique-Occidentale française, étant assimilée alors à un ensemble de départements français). Cette demande est ignorée par le chef de l’État français.
Léopold Sédar Senghor et Modibo Keïta seront les artisans de la fédération du Mali, regroupant les colonies françaises du Sénégal, du Soudan français (dont l’Azawad), de la Haute-Volta (futur Burkina Faso) et du Dahomey (actuel Bénin). La fédération est créée en janvier 1959, mais dès le mois de mars, le Dahomey et la Haute-Volta se retirent. En mai 1959, de Gaulle reçoit Modibo Keïta et reconnaît l’indépendance de la fédération du Mali, qui sera proclamée le 20 juin 1960. Durant l’été, des dissensions internes entraînent l’éclatement de la fédération du Mali.
Le 20 août 1960, le Sénégal proclame son indépendance. Après l’échec de la fédération du Mali, la République du Mali correspondant à l’ancien Soudan français devient indépendante le 22 septembre 1960. L’Azawad est alors intégré dans ce nouvel État indépendant. L’autorité malienne y remplace l’autorité française.
À partir de l’indépendance du Mali, l’Azawad est le terrain de nombreux conflits opposant l’armée malienne à ceux qui sont généralement appelés « rebelles touaregs ». Ces derniers réclament l’autodétermination de l’Azawad. En 1963, trois ans après l’indépendance du Mali, éclate la première rébellion touarègue. Elle fut très durement réprimée par l’armée malienne qui alla jusqu’à envoyer ses avions bombardiers mater la révolte.
Et depuis cette répression sanglante, la rébellion touarègue s’est endurcie au fil des ans, pour s’allier à des mouvements djihadistes constitués à la faveur de l’intrusion des salafistes au Sahel. Et comme l’affirmait la semaine dernière le Président algérien, lors d’un point presse, la solution militaire ne règlera point la crise malienne. Il faut envisager une sortie de crise, qui intègre plusieurs paramètres. Ce message sera-t-il compris par Bamako ?
Thierno Saïdou Diakité

