Diallo Souleymane, fondateur du satirique Le Lynx est décédé lundi 1er juin 2026, ironie de la coïncidence, jour de parution du canard et de sa chronique « Juste un mot » à la page 3.
Très affecté, à l’annonce de son décès, j’ai juste fait une publication sur ma page Facebook, ne sachant c’par où commencer mon modeste témoignage. J’observe, j’écoute, je lis, j’analyse les nombreux hommages à lui rendu à travers le monde. Les uns et les autres ont brillamment dit tout ce qu’ils connaissaient du journaliste et fondateur de Le Lynx. Merci à toutes et à tous pour vos témoignages.
Je ne sais combien d’appels, de messages sur Messenger, WhatsApp et autres réseaux sociaux, j’ai eu à recevoir pour me « présenter les condoléances à la suite du décès de mon patron ». Preuve que, malgré mon départ du groupe Le Lynx-La Lance- Lynx FM en 2021, l’étiquette Lynx reste scotché en moi. Et, c’est à juste raison.
En effet, le contact n’a jamais été coupé avec Le Gros Lynx (comme on appelait affectueusement Diallo Souleymane). Je pense être parmi les rares personnes avec lesquelles il a conversé régulièrement ces derniers temps. La dernière entre lui et moi remonte au mois de mai. Je me trouvais à Kindia à l’occasion de la revue annuelle de l’Agence Guinéenne de Presse (AGP).
L’essentiel de nos conversations ont tourné autour de l’avenir du satirique et de l’ensemble du groupe. Malade, il en était préoccupé. Il me disait régulièrement « je préfère mourir que de voir Le Lynx trépasser », avec un brin d’humour. « Non, Le Lynx ne mourra pas et vous aurez encore plusieurs années à vivre Monsieur Diallo », lui répondais je. Puisque Le Lynx constitue pour nous une institution. C’est notre école, après l’université. Nous y veillerons comme sur la prunelle de nos yeux. Je n’en dirais pas plus.
Monsieur Diallo Souleymane a fondé, avec d’autres, un empire médiatique qui, contre vent et marée, s’est imposé. Il a donné l’opportunité à plusieurs jeunes sortis fraîchement de l’université de pratiquer le journalisme. Il savait, avec rigueur, professionnalisme et en y mêlant de l’humour, montrer à chacun la ligne à franchir ou ne pas franchir dans la collecte, le traitement et la diffusion de l’information. Il nous répétait souvent que Le Lynx n’était pas un journal de l’opposition mais un satirique d’opposition. Beaucoup de dirigeants d’hier et d’aujourd’hui n’ont pas compris cette ligne éditoriale.
Le regard critique, la satire constituaient pour lui (en tout cas dans tout système démocratique) une sorte de contre-pouvoir mais pas contre le pouvoir en place. Le mélange entre humour, calembours, enquête rigoureuse et engagement journalistique, était le chemin à suivre. Nous avons été formés à jongler entre la caricature du pouvoir, le rire pour dédramatiser la colère des « en hait des en haut » et la rigueur journalistique.
Monsieur Diallo Souleymane n’était pas ce genre de patron qui imposait ses pensées ou ses opinions à des journalistes. Lorsqu’il ensanglantait (comprenez corriger au stylo rouge) votre article et qu’il y ajoutait un mot de plus, il vous demandait toujours votre avis. Il a gardé la même attitude lorsque la radio Lynx FM a été lancée en 2012.
De 1996 (date de mon arrivée au Lynx) à 2021 (arrêt des émissions de Lynx FM), j’ai toujours eu le privilège de bénéficier de la confiance de Le Gros. Quand il le pouvait, il prodiguait des conseils pour une meilleure animation de l’émission « Œil de Lynx ». Il n’a jamais interféré dans le contenu ni la gestion des invités. Quand il y a eu la crise pour la relance de la radio, il est resté égal à lui-même face aux autres actionnaires. Le contexte social et politique sous l’ère Alpha Condé s’en était mêlé. La méfiance était de mise. La période était aussi plombée à la suite du décès de son fils Mohamed Diallo qui était devenu la pièce maîtresse de toutes les démarches. Le groupe de presse Le Lynx-La Lance et Lynx FM faisait sa mue notamment avec l’avènement des médias en ligne. Ce qui donnera naissance au site lelynx.net. M. Diallo Souleymane suivait tout ça, malgré sa maladie. Entre un séjour pour contrôle médical à Paris, un retour à Conakry et un autre voyage au Canada toujours pour des raisons médicales, M. Diallo se souciais aussi de la santé du groupe de presse.
Aujourd’hui, le monde entier pleure un pionnier de la presse. Nous pleurons un père, un guide, un conseiller, un maître et un homme très humaniste. Diallo Souleymane avait sans doute quelques défauts. Mais je retiens beaucoup plus de ses qualités.
Il était social. Il rendait visite aux malades, assistait aux mariages, baptêmes, décès et autres. S’il n’avait pas le temps, il déléguait son épouse Madame Diallo. Quand j’ai été nommé Directeur National Adjoint de la Communication et des Relations avec les Médias Privés puis Directeur National, il m’a apporté toutes ses bénédictions et souhaits de me voir encore à un plus haut niveau au sein de l’administration guinéenne. Soit dit en passant, que Monsieur Diallo Souleymane a décliné l’offre de participer à plusieurs gouvernements sous Lansana Conté, notamment lorsque Lansana Kouyaté fut nommé Premier Ministre du gouvernement de large consensus. Auparavant, il avait été membre du Conseil National de la Communication (actuelle Haute Autorité de la Communication). Il a été donc au service de son pays à tous les niveaux.
M. Diallo Souleymane, nous nous souviendrons toujours de vous. Nous ne vous oublierons pas. Nous n’oublierons pas la famille Lynx. La plume ne se cassera pas. Dormez en paix.
Le Bah Zooka

