Le bel air « Sonko, c’est Diomaye Faye ; Diomaye, c’est Sonko » est déjà, du côté de la Téranga, bien loin. On se souvient que lors de l’élection présidentielle de 2024 marquant la faim de l’ère Macky Sall, le fondateur du Pastef, Ousmane Sonko, frappé d’inéligibilité, avait suggéré et boosté la candidature de son compagnon Bassirou Diomaye Faye. Ses militants l’avaient largement suivi. Le geste avait été apprécié au Sénégal et ailleurs, car il contrevenait à la pratique de la chaise vide, communément partagée dans les microcosmes politiques africains.


Sonko et le Pastef avaient eu raison, dans la mesure où ils avaient remporté l’élection et conquis le pouvoir qu’il fallait maintenant savoir conserver. Ad vitam aeternam. Et c’est là qu’ont surgi les conteflis (hics). Les uns et les autres commettent probablement des fautes de jeunesse, lors du casting de l’équipe dirigeante au plus haut niveau de l’État. Ils le payent à présent. Il était prévisible que le tribun Ousmane Sonko, fondateur du Pastef, qui a croisé longtemps le fer avec Macky Sall et l’APR, ne soit pas à l’aise dans le rôle de simple Premier ministre du taciturne et timide Diomaye Faye qui n’était peut-être même pas connu de la masse critique des militants du parti qui l’a élu, à plus forte raison du grand public. Autant celui-là est boulimique, impétueux et agressif, autant celui-ci est réservé, laconique, peu loquace. Le caractère bien trempé de Sonko pouvait-il s’accommoder de celui de Diomaye Faye, dans l’exercice du pouvoir politique ? Rien n’était moins sûr. Le tandem se fissure rapidement et devient un duel mortifère. Au terme de quelques mois d’exercice du pouvoir, il s’effondre sous les coups de boutoirs et des jets de piques des uns contre les autres.

Les allusions fâcheuses fusent çà et là, en particulier du camp de Sonko, putréfient l’air qui devient peu à peu irrespirable. Subodorant le péril, Diomaye Faye et ses ouailles s’attèlent à réactiver le mouvement « Diomaye Faye Président » qui a animé la campagne présidentielle de 2024 et tentent de remplacer à sa tête Aïda Mbodj par Aminata Touré. Personne n’est dupe de la manœuvre. Sonko s’y oppose. Ce n’est plus une querelle de clocher à fleuret moucheté mais un combat de guerriers et d’amazones bardés de carquois, bourrés de flèches acérées et empoisonnées.

Le Président de la République a viré de son poste de Premier ministre Ousmane Sonko qui s’est aussitôt hissé au Perchoir, après avoir récupéré son titre de député. Une mini escarmouche n’a pu l’en empêcher. Au grand dam de ses adversaires. Même si le fondateur du Pastef a été élu Président de l’Assemblée nationale, le camouflet laissera une marque indélébile. Des intellectuels et des politiques subodorent un stratagème XXL de paix et de sortie de crises honorable pour tous. Diomaye Faye pourrait, en démissionnant, provoquer la vacance de la présidence de la République que pourrait dès lors occuper Sonko, président de l’Assemblée nationale. Comme le prévoit la constitution du Sénégal. Le scénario paraît invraisemblable. Mais attendons de voir !

Abraham Kayoko Doré