Décédé le 1er juin au Canada, le Fondateur et Administrateur général du Groupe Lynx-Lance, Souleymane Diallo, a été inhumé le 12 juin au Mausolée de Karamoko Alfa Mo Labé, dans la ville de Labé. Retour sur l’improbable itinéraire d’un homme courageux, déterminé et droit.

Dans la famille Khaldouyanké de Hansaghèrè, Diallo Souleymane était un modèle, tant par sa personnalité que par son parcours. Fils de Thierno Amadou, petit-fils de Thierno Aliou, arrière-petit-fils de Mâma Ibrahima puis de Mâma Madiou, fondateur du village de Hansaghèrè, lui-même petit-fils de Karamoko Alfa Mo Labé, fondateur du Diiwal (province) de Labé, inspirait plus d’un.

Pourtant, la vie a très tôt éprouvé celui qui est aujourd’hui considéré comme l’un des baobabs de la presse guinéenne. Souleymane et ses deux frères perdent leurs parents jeunes et à trois mois d’intervalle. Une tragédie. Ballottés entre les familles de leurs oncles paternels et maternels ainsi que celles de leurs belles-mères, ils doivent très tôt faire face à la vie.

L’aîné, Mamadou Aliou, choisit l’école coranique et se consacre à l’islam. Quant au jeune Souleymane, très opiniâtre, il opte pour celle française. Un défi immense.

Avant l’indépendance, la seule école se trouvait à Labé. Mais un instituteur français avait ouvert une annexe dans le canton de Simpétin (actuel district de Simpétin, dans la sous-préfecture de Hafia), où il dispensait des cours tous les mercredis. Informé, Souleymane s’y rend de son propre chef, avec son petit-frère, feu Mamadou Oury Diallo. Ce dernier est immédiatement admis et inscrit en première année à l’école de Labé. Souleymane, lui, est renvoyé sans ménagement, jugé « trop vieux pour l’élémentaire ».

Un élève derrière la fenêtre

Mais il refuse de renoncer à son rêve. Chaque mercredi, il se rend à Simpétin, reste dehors et suit les cours à travers la fenêtre. Après chaque séance, il révise chez l’adjudant Hammadi, à Fodouyé, ou chez un autre ancien tirailleur nommé Agna, à Kollagui. Deux secteurs relevant de Hansaghèrè. Durant toute l’année 1957, il assimile les leçons depuis l’extérieur de la classe et répond aux questions posées par le maître à ses élèves.

Sa détermination finit par impressionner l’instituteur. En décembre 1957, alors que l’année scolaire avait déjà débuté depuis trois mois, celui-ci lui demande s’il souhaite réellement s’inscrire. La réponse du jeune Souleymane est naturellement : oui ! L’enseignant lui demande alors de se présenter, le mercredi suivant, accompagné de ses parents.

Mais Souleymane est orphelin. Son frère aîné, El Hadj Mamadou Aliou Diallo, se remémore : « Il informe l’instituteur que ses parents étaient décédés, mais qu’il trouverait leurs remplaçants. Le mercredi suivant, lui, moi et notre oncle El Hadj Sarifou nous nous sommes présentés très tôt. À travers l’interprète Diop, l’enseignant nous a demandé si nous étions d’accord pour qu’il soit inscrit. Nous avons répondu par l’affirmative. Il lui a fait passer un test devant nous et il l’a réussi. »

Une autre difficulté se présente ensuite : Souleymane n’a aucun tuteur à Labé. Il parle alors de sa sœur Kadiatou à l’instituteur. Celui-ci se rend à Labé, la retrouve et lui expose le projet du jeune garçon. Elle accepte de l’héberger. L’aventure scolaire peut enfin démarrer.

Enjamber l’école élémentaire

Arrivé en classe avec trois mois de retard, Souleymane voit grand. Il suit simultanément les programmes de première et deuxième années en 1958, puis ceux de troisième et quatrième années l’année suivante. En 1960, il fait la 5e année et réussit, en 1961, l’examen d’entrée en septième année. Après seulement quatre années passées à l’école élémentaire, il rejoint l’Institut de Bellevue, à Conakry.

Ses études le conduisent ensuite à l’Institut polytechnique de Kankan. Malgré la distance, il n’oublie jamais sa famille restée à Labé. « Chaque fois qu’il rencontrait quelqu’un qui se rendait à Labé, il me faisait parvenir une lettre accompagnée d’un peu d’argent. Jamais il ne restait plus de quatre mois sans nous envoyer quelque chose », se souvient son frère aîné. Selon ce dernier, Souleymane ne manquait jamais ses vacances à Hansaghèrè : « Le 1er juillet, il était là et ne repartait que le 25 septembre. Nous restions ensemble du matin au soir dans la case de notre mère. À l’époque, le Saint Coran s’écrivait à la main. Pendant les vacances, il m’aidait dans ce travail. »

Il se rappelle également des débuts de son frère dans l’enseignement, à Nzérékoré : « Quelques mois après son arrivée, il nous a envoyé des sacs de 100 kilogrammes de riz du pays. Pourtant, nous n’étions même pas encore mariés. »

Aujourd’hui nonagénaire, El Hadj Mamadou Aliou Diallo peine encore à s’imaginer sans son frère : « Sa mort m’a surpris. Il est parti au moment où je m’y attendais le moins. Moi, qui suis plus âgé et plus fatigué, j’étais convaincu que je partirais avant lui et que je lui laisserais cette famille entre les mains. »

Un homme de rigueur

Dans la famille, Souleymane Diallo était connu pour sa rigueur. Il parlait rarement d’argent avec ses proches. Ce qui l’intéressait avant tout, ce sont les projets, les plans de carrière et la planification. Une manière d’être qui aura marqué plusieurs générations et qui contribue aujourd’hui à faire de lui l’une des figures les plus respectées de la presse guinéenne.

Yacine Diallo