Le jeudi 30 juillet, le Tribunal criminel pour enfant de Mandiana a jugé l’affaire du viol collectif de Djoma-Balandougou. Attirée hors du village sous prétexte d’une leçon de conduite de moto, FC, 13 ans, a été isolée en brousse, agressée puis filmée par plusieurs jeunots. À l’issue des débats marqués par le témoignage de la victime et les aveux des prévenus, la justice a prononcé de lourdes peines de prison et d’amendes.

Les faits débutent après une rencontre sportive entre ados du village. Promettant à la jeune FC de lui enseigner le pilotage d’une moto, les mis en cause l’ont conduite à l’écart des regards. Une fois en brousse, elle a subi les assauts successifs du groupe tout en étant filmée. À la barre, la jeune fille relate cet isolement et l’impossibilité de solliciter de l’aide : « Ils m’ont emmenée loin de la ville. Même si je criais, personne ne pouvait m’entendre. » Traumatisée, elle garde d’abord le silence face aux intimidations directes subies sur place : « Je n’en ai pas parlé à mes parents. Ils m’ont dit que si j’en parlais à quelqu’un, ils me tueraient. »

Les aveux de Moussa

La séquence enregistrée ayant ensuite circulé sur Internet, la justice s’est saisie du dossier. Premier à comparaître devant le tribunal de première instance, Moussa Condé, 19 ans. Il reconnaît sa participation tout en rejetant la responsabilité de la diffusion numérique sur son coaccusé en cavale, Kalou Sylla.

Interrogé sur son acte, le prévenu tente de s’en remettre à la clémence des juges : « Je ne voulais pas toucher FC, mais il m’a forcé. Je lui demande pardon, je demande pardon à toutes les femmes, je demande pardon à tous ceux qui sont là. »

Face à ces révélations, le pro-crieur de la République, Abdoulaye Soumah, souligne la gravité des faits d’atteinte à la personne et de captation d’images : « Ces faits si ignobles qui ont touché pratiquement le monde entier ne méritent qu’une peine de nature à rassurer la société. » Il a alors requis 20 ans de réclusion et un milliard de francs glissants d’amende.

L’avocat (sans vinaigrette) de Moussa Condé a plaidé la jeunesse de son client et le rôle éducatif de la peine. Mais finalement, ce dernier a été condamné à 15 ans d’emprisonnement et 700 millions de francs glissants d’amende.

Deux mineurs à la barre

L’audience s’est poursuivie devant le tribunal pour le jugement des autres mis en cause, Oumar Condé et Lanceï Keita, mineurs. Ce dernier explique devant le tribunal avoir agi sur ordre du principal instigateur : « C’est Kalou qui m’a demandé d’aller faire comme les autres. Si j’ai filmé, c’est parce que Kalou me l’a ordonné. »

Après des réquisitions fixées à 4 ans de prison, la juridiction a condamné Oumar Condé et Lanceï Keita à 3 ans d’emprisonnement et 10 millions de francs glissants d’amende chacun, pour viol collectif et enregistrement d’images à caractère pornographique.

Quant au principal accusé en fuite, Kalou Sylla, désigné comme le cerveau des agressions et le détenteur du téléphone ayant servi aux enregistrements, il écope par contumace 5 ans de prison et 30 millions de francs glissants d’amende. Un mandat d’arrêt a été décerné à son encontre.

Aïssatou Bah