Aussi bien que dans la capitale Conakry qu’à l’intérieur du pays (Kindia et Télimélé), cette année, la saison des pluies s’accompagne de décharge électrique meurtrière. L’Agence nationale de la météorologie lie cette récurrence de la foudre, qui a déjà fait quatre morts, aux intenses activités minières.
Aboubacar Mengué Camara est de ceux qui ont secouru l’adolescente de 15 ans Mariam Yombouno, foudroyée mortellement dans la soirée du 12 juillet à Kountia-CBA, dans la commune de Sanoyah. N’ayant pu aller à la mosquée, il priait à l’intérieur de son kiosque : « La pluie avait un peu baissé d’intensité, les éclairs s’enchaînaient. D’un coup, on a entendu un grand bruit. Il y avait quelques personnes avec moi, le dernier coup nous a tous effrayés. Personnellement, je me doutais qu’il ait causé de dégâts. Peu après, une fille nous informe qu’une vendeuse est tombée devant une boutique d’à côté. Je sors et trouve la fille couchée devant la boutique, la fenêtre ouverte. Des jeunes passants m’ont aidé. On l’a touchée et compris que ce n’était pas le courant, mais plutôt la foudre.»
Grâce au voisinage, Mariam Yombouno est transportée à l’hôpital : «Je prends la fille, l’emmène à l’hôpital. Malheureusement, les médecins nous annoncent son décès.»
Le soupçon d’électrocution
Sous le choc, Yaghouba Traoré, père adoptif de la victime, est inconsolable. «Je ne peux pas expliquer exactement ce qui s’est passé, parce que je suis arrivé vers la fin de l’action. Au moment où les faits se sont produits, je priais. Ce sont les cris des enfants qui m’ont alerté. J’ai interrompu ma prière pour m’enquérir de ce qui se passait. C’est là qu’on m’a annoncé que Mariam a été frappée par la foudre», témoigne-t-il chez Africaguinee.com.

La confusion sur les lieux aurait retardé les premiers secours, beaucoup craignant une électrocution : «Quand je suis arrivé, il y avait énormément du monde sur les lieux. Ils croyaient que c’était le courant. Tout le monde répétait : « C’est l’électrocution. » Cette confusion a fait qu’il n’y a pas eu d’intervention rapide. Les gens avaient peur de l’approcher. Personne ne savait réellement ce qui s’était passé ni comment réagir», renchérit-il, avant d’indiquer qu’il a fallu écarter l’hypothèse de l’électricité pour que sa fille soit transférée à l’hôpital par des secouristes. Ces derniers ont tout fait pour la sauver, mais « le Maître Suprême avait déjà fait son travail », se désole-t-il. Fataliste.
« Les orages vont s’intensifier, les foudres aussi »
Depuis le début des grandes pluies, la foudre fait des victimes, tant à Conakry qu’à l’intérieur du pays. Le 10 juillet, dans la préfecture de Kindia, une nourrice et sa fille ont été tuées par la foudre, alors qu’elles apportaient le repas au père de famille. La mère et sa fille sont mortes sur place. Le nourrisson, grièvement blessé, est en soins intensifs à l’hôpital préfectoral de Kindia.
La même nuit, un cultivateur a aussi été tué par la foudre dans son champ d’arachide à Kollet, dans la préfecture de Télimélé.
Selon René Tato Loua, secrétaire général de l’Agence nationale de la météorologie, la foudre fait partie des phénomènes météorologiques extrêmes pendant la saison des pluies. Elle est inhérente aux grandes pluies : «C’est une décharge électrique qui se produit entre deux nuages de charges différentes. En résumé, c’est l’électricité atmosphérique qui se manifeste. Notre pays [fait face à] ce phénomène. »
Le météorologue craint que la situation s’accentue : «L’électricité atmosphérique en question est en lien avec les ressources minières. Notre pays a une grande potentialité en ressources minières. Les orages vont s’intensifier, les foudres aussi. Il y a ces liens entre les ressources minières et la foudre. Mais en même temps, actuellement, nous avons des projets d’exploitation minière qui sont en développement. Cela dit, il faut vraiment impliquer la météo ou tenir compte du rôle de la météorologie dans tous les projets de développement socio-économique de notre pays», recommande-t-il.
De l’usage des paratonnerres
Comment se prémunir contre la foudre ? « Si on nous donne les moyens qu’il faut pour installer les paratonnerres, nous sommes prêts à le faire. De notre côté, nous avons plutôt d’autres équipements qui nous permettent d’être informés sur une manifestation de foudre dans une zone définie. Et dès que nous avons l’information, immédiatement, nous émettons l’alerte. Mais je ne peux vous assurer que les paratonnerres puissent suffire à limiter les dégâts. Avant même le paratonnerre, dès que nous sommes dans cette phase, nous informons la population rapidement. Ce qui est primordial, c’est de tenir compte de l’avis de la météo dans la construction, dans les travaux. Si vous construisez une usine sans tenir compte de la météo, vous allez ignorer l’installation du paratonnerre. Et la météo doit vous arrêter », a tranché le spécialiste.
D’aucuns déconseillent, pour éviter d’être foudroyé lorsqu’il pleut, de s’abriter sous un arbre isolé ; de marcher sous la pluie dans une zone dégagée surtout avec un parapluie ou de se laver sous la pluie.
Kadiatou Diallo

