Alpha Amadou Diari Diallo, ex-journaleux au Service Afrique de la BBC et de ZOA du groupe France Médias Monde, a fait un saut à notre rédaction le 24 juin. Histoire de réitérer ses condoléances à ses con(.)frères suite au décès de Diallo Souleymane, Fondateur et Administrateur général du Groupe de presse Lynx-Lance, lelynx.net. Mais surtout pour faire le poing de son initiative « Un citoyen, un Lynx ». Car, dit-il, la mort de Yala-le-Gros Lynx ne doit pas signifier la mort du Satirique du lundi.

Entretien.

Comment vous est venu l’idée de lancer l’initiative : un citoyen, un Lynx ?

L’idée m’est venue après le décès de Diallo Souleymane. Je me suis dit comment, en tant que lecteur, citoyen, je peux contribuer à montrer que ce journal est un patrimoine qui nous appartient tous et que la disparition de Diallo Souleymane n’est que visible.

Elle n’est que visible, parce qu’il n’est plus là. Mais en visitant sa rédaction, nous voyons l’organisation du travail, nous sentons carrément et clairement que sa mort n’a pas impacté le travail. Les journalistes sont toujours conscients des enjeux : un lectorat toujours présent, attentif, déterminé, qui veut avoir la même qualité d’informations que du vivant de Diallo Souleymane. Donc cela aussi, c’est une motivation.

Je suis un lecteur du Lynx, un journal qui a marqué mon enfance. Tout jeune, mon père l’envoyait à la maison et je voyais les caricatures que j’imitais. Malheureusement, je n’ai jamais pu les reproduire, puisque je n’avais pas le talent des caricaturistes du Lynx. C’est un journal que j’ai vu mon père, mes frères lire, mes professeurs aussi.

A présent que moi-même j’ai embrassé la profession de journaliste, je sais ce que c’est que le journal. D’où mon souhait de rendre hommage au Lynx, à son fondateur. Il faut être là pour encourager sa rédaction et dire à ses journalistes qu’ils doivent continuer le travail.

Parce que le lectorat n’est pas mort, les admirateurs ne sont pas morts. Ils continueront de lire ce journal qui doit vivre et qui doit survivre à la mort de son fondateur.

 « Un citoyen, un Lynx » est déjà un coup d’envoi qui est assez important, parce que l’initiative a permis de mobiliser des compatriotes. La première des choses à préciser, il faut le dire, ce n’est pas un don qu’on fait au journal. On ne fait pas preuve non plus de générosité, de philanthropie. Nous sommes juste de citoyens conscients que le journal a existé pour eux, pour leurs parents. À notre tour, on se dit qu’est-ce que nous pouvons apporter au journal.

Donc, c’est une initiative citoyenne que nous comptons pérenniser avec l’achat des journaux à chaque parution. Le meilleur moyen, au-delà de l’initiative qui a mobilisé aujourd’hui les admirateurs, le lectorat, c’est de continuer d’acheter le journal. À chaque parution, il faut que les gens continuent d’acheter Le Lynx et La Lance. Et puisque les abonnements se font aussi en ligne, il faudrait que les Guinéens de la diaspora, qui sont en France, au Canada, aux Etats-Unis, au Sénégal, en Côte d’Ivoire, partout ailleurs, qu’ils soient abonnés. Ce qui permettra aussi d’avoir un autre mode de fonctionnement qui sera pérenne.

J’ai arrêté l’initiative, samedi 20 juin.

Quel bilan en dressez-vous après deux semaines de campagne ?

C’est un bilan mitigé. Le bilan est mitigé, parce que notre objectif de départ, c’était d’avoir un million de personnes ayant acheté Le Lynx. Malheureusement, je n’ai pas pu atteindre ce nombre pour l’instant. Comme je l’ai dit tantôt, c’est une initiative qui s’étalera dans le temps.

Un million de ventes aurait pu nous donner 3 milliards. Et je pense que ce montant allait pouvoir contribuer à payer les salaires, les différentes charges comme l’impression et permettre à la rédaction de tenir pour un certain moment. Si, en tout cas, l’argent est bien géré. Parce que la gestion aussi, c’est un autre point. Mais cela est interne à vous. Malheureusement, au lieu de 3 milliards, j’ai eu 3 millions. Soit le prix de mille exemplaires.

Néanmoins, il ne faut pas minimiser les efforts qui ont été consentis par nos compatriotes. Ils ont accepté de participer. Il faut remercier, pour ce départ, la première vague dont on peut citer les noms : Madame Aissatou Lamarana Baldé a acheté 10 journaux ; M. Amadou Diallo a aussi acheté 10 journaux. Moi-même, l’initiateur, pour donner le ton, j’ai acheté 100 journaux. Vous avez ensuite Alpha Oumar Diallo (20 journaux) ; Hafsa Diallo et Mariam Diallo, chacune a acheté 10 journaux. Il y a Cheikh Oumar Hann, un contributeur à saluer comme tous les autres, a acheté 330 journaux. Nous avons Rayhana Diallo qui a acheté 60 journaux ; Bouba Wondi Sow, 100 journaux; Zenith Maestro (Tidiane Diallo), 30 journaux ; Tahira Diallo, 60 journaux ; Oury Diallo (Obis Diallo), 10 journaux ; Hadja Binta Diallo, 10 journaux ; Binta Bodié Bah, 10 journaux ; Diallo Bouba,16 journaux ; Rima Bobo Anata (elle s’appelle comme ça sur Facebook) a acheté 100 journaux; Bella Diallo, qui est en Guinée-Bissau, a acheté 23 journaux ; Aminata Abbas Dombouya, 20 journaux ; Mamadou Voltaire Diallo a acheté 16 journaux. Le dernier contributeur de cette vague venu nous renforcer dans la dynamique s’appelle Ousmane Tountouroun Diallo, résidant aux Etats-Unis, qui a acheté 100 journaux.

Autant, je suis satisfait par les différentes réactions que j’ai notées depuis que j’ai lancé l’initiative, autant je suis agréablement surpris par l’engouement qu’elle a suscité. Je suis surpris de voir des jeunes, des personnes, se lever pour montrer qu’effectivement, c’était une bonne initiative qu’il faut soutenir. Même s’ils n’ont pas eu l’idée, ils ont accompagné, ils ont montré qu’ils adhèrent à l’initiative et que le groupe Lynx méritait cet hommage. Le meilleur hommage, comme je l’ai dit, ce n’est pas l’hommage des mots, c’est celui de l’action. Il fallait partir dans des actions concrètes et je pense, c’est ce qui a été fait.

Quelle est la suite ?

La deuxième phase peut-être sera l’abonnement, ce sera d’encourager les gens à s’abonner. La première portait sur l’achat des journaux. Donc la suite, ce sera l’abonnement sur les différentes plateformes du journal. Puisque l’Internet, aujourd’hui, démocratise énormément l’accès à l’information. Parce que l’abonnement est semestriel ou annuel. Je pense que cela pourrait aussi être un autre levier pour accompagner le journal, un abonnement massif des lecteurs. Puisque là, il va y avoir d’autres nouveautés dans le journal, il y aura aussi un nouveau lectorat. Le Lynx s’adaptera aux nouvelles exigences du moment. On pourra ainsi suivre le journal en ligne, et donc il faut s’abonner. Pour moi, c’est l’autre point essentiel qui contribuera à renforcer le journal.

Un dernier mot ?

Je remercie d’abord la rédaction pour le travail qu’elle accomplit depuis tant d’années. Le combat pour la liberté de la presse et d’opinion n’est pas souvent facile. Le travail de journaliste nous prive de beaucoup d’obligations familiales, amicales. Nous n’avons parfois pas le temps d’être présents pour nous-mêmes, pour nos proches. Donc, c’est un travail qu’il faut encourager, qu’il faut renforcer. Nous espérons aussi que la ligne éditoriale du Lynx ne va jamais changer, que ses caricatures, ses critiques, ses enquêtes, vont perdurer.

Nous prions pour le repos de l’âme du doyen Diallo Souleymane, le dernier des Mohicans qui s’en est allé le 1er juin. Il est parti, mais son esprit est dans sa rédaction, son esprit est dans ses locaux. Et cela continuera de nous guider, de nous inspirer, afin que le travail qu’il a commencé depuis 34 ans ne s’achève jamais. Comme nous le disons en mathématiques, que cela continue jusqu’à l’infini. Mon dernier propos est d’encourager nos compatriotes d’ici et d’ailleurs à s’abonner massivement, à être présents pour le groupe de presse et à le soutenir, parce que Le Lynx ne doit pas disparaître.

La mort de Diallo Souleymane ne doit pas signifier la mort du Lynx, elle signifie une nouvelle ère d’engagement, de numérique, de détermination. S’abonner, s’engager, lire le journal, ce sont les trois mots que je conseillerai à nos compatriotes. Je vous remercie !

Propos recueillis par

Mamadou Siré Diallo