Lors du Sommet de la CEDEAO organisé à Freetown, le Président de la République de Guinée, son excellence Mamadi Doumbouya, ne s’est pas contenté d’une allocution protocolaire. Il a livré une véritable réflexion sur le devenir de l’intégration en Afrique de l’Ouest et sur les moyens de la remettre entre les mains des populations.
Le constat de départ est sans détour : les citoyens de notre sous-région évaluent désormais les institutions régionales à l’aune de leurs effets concrets sur leur vie quotidienne. Ils attendent moins de discours et davantage d’actes. Ce qu’ils réclament, ce sont des infrastructures routières reliant les territoires, une énergie capable de faire tourner les industries, des marchés véritablement ouverts, des débouchés professionnels pour la jeunesse et une prospérité qui profite à tous. C’est à l’aune de ces avancées concrètes que se jugera, à l’avenir, la crédibilité de notre organisation communautaire.
Cette vision appelle à un véritable changement de logique. L’intégration régionale ne saurait demeurer une construction purement institutionnelle et bureaucratique. Elle doit redevenir un projet porté par les populations elles-mêmes. Une communauté ne se décrète pas depuis les palais ou les sommets diplomatiques : elle se façonne au quotidien par les femmes et les hommes qui échangent, travaillent, étudient, entreprennent et circulent d’un pays à l’autre dans un espace qu’ils partagent depuis toujours.
L’hommage rendu aux pères fondateurs de la CEDEAO n’est pas anodin non plus. Civils et militaires avaient, de concert, conçu une communauté fondée sur la paix, la coopération et la solidarité. Ce rappel souligne que les forces de défense et de sécurité, à l’instar de toutes les autres composantes de la Nation, contribuent à la construction de l’État et au maintien de la stabilité. Elles demeurent, avant tout, issues du peuple et à son service.
Un autre enseignement essentiel de ce discours tient à l’appel lancé en faveur d’une gouvernance plus inclusive. Les défis auxquels fait face l’Afrique de l’Ouest ne pourront être surmontés sans une mobilisation réelle des citoyens, de la jeunesse, du secteur privé, des collectivités territoriales et de la société civile. Une intégration réussie ne peut reposer sur les seuls textes et institutions ; elle doit s’enrichir de la participation de chacun.
Enfin, ce discours remet en lumière une vérité trop souvent négligée : notre histoire commune est antérieure aux frontières héritées de la période coloniale. Depuis des siècles, nos peuples partagent des langues, des cultures, des échanges commerciaux, des liens familiaux et des solidarités qui forment le socle véritable de notre unité. Préserver cet héritage commun suppose de privilégier le dialogue, la coopération et la recherche de solutions partagées.
Dans un contexte régional traversé par des défis sécuritaires, économiques et politiques, cette vision trace une voie constructive. Elle ne minimise pas les difficultés existantes ; elle propose plutôt de les surmonter en recentrant l’action collective sur l’essentiel : le développement, la souveraineté, la paix et la dignité des peuples.
Au-delà de sa portée diplomatique, ce discours porte un message limpide : l’avenir de la CEDEAO reposera moins sur sa capacité à gérer les crises que sur son aptitude à redevenir un véritable instrument de progrès pour les populations qu’elle a vocation à servir.
Là réside sans doute le véritable défi de notre génération : transformer l’intégration ouest-africaine, pour qu’elle cesse d’être une simple ambition institutionnelle et devienne une réalité vécue par chaque citoyen.
Ousmane Gaoual DIALLO
Ministre des transports et
Porte-parole du gouvernement

