Le vendredi 17 juillet, Macky Sall est revenu pour la première fois à Dakar depuis qu’il a été malmené, moqué et éconduit du pouvoir par Ousmane Sonko et le Pastef en 2024. La période de deux ans de brouille sur fond de dette cachée, de contentieux judiciaires et de refus du gouvernement sénégalais d’adouber la candidature de l’ex-président Macky Sall au poste de Secrétaire général de l’ONU, prend-elle ainsi fin ? On est tenté de le croire. Le laconique communiqué de la présidence relatif à l’entretien entre les deux hommes a contraint les observateurs avisés et les analystes de la politique sénégalaise à s’en remettre aux conjectures.
Toutefois, on subodore que les deux hommes sont dans une posture qui leur impose une coopération d’intérêt, win win. Compte tenu de la violence qui a empreint le combat politique entre le président Macky Sall et l’opposant Ousmane Sonko, nul ne pouvait envisager le soutien de celui-ci à celui-là pour la compétition au poste de Secrétaire général de l’ONU. La querelle de clocher a laissé des stigmates qui ne disparaîtront pas de sitôt. On voit bien que Sonko et le Pastef (Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité) au pouvoir tiennent, vaille que vaille, à faire rendre gorge à Macky Sall et l’Alliance pour la République, APR. Outre la rocambolesque histoire de la dette cachée, militants et sympathisants du Pastef veulent coûte que coûte que l’administration Macky Sall reconnaisse et répare les délits et crimes commis lors des manifestations politiques entre 2021 et 2024, entraînant 65 morts, plus de 300 blessés et d’importants dégâts matériels.
Ce lourd contentieux entre le Pastef et l’ancien président sénégalais est désormais battu en brèche avec la guéguerre entre le clan du président de la République et celui du président de l’Assemblée nationale. Entre ces deux clans, ce n’est plus un chahut à fleurets mouchetés mais un conflit ouvert dont les adversaires avancent le regard scrutant l’horizon 2029. Bassirou Diomaye Faye affiche ouvertement son ambition de transformer l’association « Diomaye président » en un parti politique, rival du Pastef qui a porté sa candidature et l’a fait élire. Pour atteindre ses objectifs, il a besoin de ratisser large. Il lorgne donc du côté de l’Apr de Macky Sall orpheline depuis que son patron a perdu le pouvoir et qui est en quête d’un nouveau souffle. Déjà, c’est face à un parterre de 300 maires quasiment tous de l’Alliance pour la République que Diomaye Faye a annoncé la création de sa future formation politique.

Ce rabibochage entre Macky Sall et son successeur ressemble bien à une bouée de sauvetage pour les deux hommes. Il est indispensable à Bassirou Diomaye Faye de créer une formation politique d’envergure avec une large assise populaire, capable de rivaliser, avec succès, le Pastef lors des futures compétitions électorales dont l’élection présidentielle de 2029. L’alliance avec l’Apr de Macky Sall est la condition sine qua non du succès de cette perspective. Pour Macky Sall, l’anomalie constituée par le rejet de sa candidature est levée.
Dans un communiqué publié lundi 20 juillet, la présidence de la République sénégalaise instruit ministres, ambassadeurs et tous les hauts fonctionnaires du pays à soutenir la candidature de Macky Sall qui est aussi celle de la République du Sénégal.
Une opération de charme qui réconforte l’ex-président, consolide et légitime davantage sa candidature. En règle générale, ce sont les États qui portent la candidature de leur ressortissant. Ce qui n’a pas été le cas de Macky Sall.
Abraham Kayoko Doré

