L’organe de régulation des médias en Guinée ne chôme pas. Ses morsures se succèdent et malmènent la liberté de la braise, au fur et à mesure qu’elles se relaient. Et comment !

Le 16 septembre, la Haute autorité de la complication s’est réunie en scission ordinaire pour « examiner des manquements professionnels » qu’elle reproche au con(.)frère Mamadou Diawo Barry, correspondant de Jeune Afrique en Guinée.

À l’issue de sa scission, le collège des Commis à serrer l’étau autour des médias a pondu un communiqué sans numéro, signé de son Prési Bouba Yacine Diallo. Dans le doc rendu biblique dans la soirée, l’institution dit avoir « pris la décision de procéder au retrait immédiat de l’accréditation journalistique accordée à Monsieur Mamadou Diawo Barry ». La HAC prend donc sur elle la décision de sévir directement. Pas d’avertissement, ni de blâme ou de mise en demeure. Le con(.)frère n’a même pas été entendu par les commissaires.

Selon la HAC, sa « mesure est motivée par de graves violations des obligations éthiques et déontologiques qui encadrent l’exercice du journalisme » en Guinée. Le hic, c’est qu’elle n’a pas cité le ou les articles incriminés. Notre HAC n’a pas non plus pensé aux alinéas 1, 2 et 3 de l’article 30 de la loi L010 du 3 juillet 2020, « Portant attributions, composition, organisation et fonctionnement de la Haute autorité de la communication (HAC) de la République de Guinée. » Ces alinéas disposent : « Avant le retrait de la carte, la HAC, après avoir consulté l’organisation professionnelle des médias à laquelle appartient le journaliste, convoque, par lettre recommandée avec accusé de réception ou par tout autre moyen laissant trace.  Celui-ci est tenu de fournir des explications. S’il ne peut se présenter devant la HAC, il doit faire parvenir ses explications par écrit. Si le titulaire ne se présente pas et ne fournit pas des explications par écrit à la date fixée par la convocation, une nouvelle convocation lui est adressée dans les mêmes formes avec l’avis qu’à cette nouvelle date, la HAC statuera. »

De passage, rappelons que JA, dans son N° 3164 de septembre 2026, a fait un « Spécial » de 26 pages sur le bled, intitulé : « Guinée : Démocratie sous surveillance ». Ce numéro spécial a égratigné quelqu’un ? Allez le savoir !

JA réagit

Dans un article publié dans son site inter-niet, le con(.)frère Jeune Afrique a dénoncé une « décision arbitraire qui n’honore pas les principes » de la HAC. Il s’insurge contre une décision prise « sans concertation ni discussion préalable avec l’intéressé ou sa hiérarchie, [une décision qui] ne repose sur aucune imputation précise susceptible d’étayer les accusations, aussi vagues que graves, censées la justifier. »

Succession de sanctions

Peu avant la morsure contre le con(.)frère de JA, la HAC avait mis en demeure la chaîne France24, dans sa décision N°0031. Elle reprochait à la télé d’avoir « utilisé un qualificatif inapproprié pour désigner le chef de l’État guinéen ». France24 a qualifié, dans une de ses éditions du mardi 15 septembre, Mamadi Doum-bouillant de « président putschiste ». La HAC avait, dans un premier temps, mis « en demeure [la chaîne de télé] de cesser sans délai l’utilisation de termes appropriés ». Les Commis à serrer l’étau autour des médias ont invité France24 « à opérer les rectifications éditoriales nécessaires sur l’ensemble de ses canaux. »

Le lendemain, 17 septembre, la chaîne a présenté « ses excuses et rectifié cette erreur à l’antenne. » Mais cela ne suffisait visiblement pas : l’institution de régulation n’a pas attendu, elle a interdit la diffusion de France24 en Guinée, avec effet immédiat. La chaîne a été immédiatement coupée. Ça ne rigole pas.

Mamadou Siré Diallo