C’est depuis les hauteurs du Fouta-Djalon, le Château d’eau de notre Afrique de l’Ouest où le temps invite à la réflexion et à la hauteur de vue, que je prends aujourd’hui la parole. Je l’adresse en amoureux sincère du peuple nigérien, ce peuple noble, résilient et profondément attaché aux valeurs de fraternité, dont la dignité face aux épreuves ne cesse de forcer le respect.

Au-delà des fractures politiques et des tourmentes institutionnelles qui traversent notre région, il est des situations humaines et morales qui appellent au dépassement. La détention continue, depuis trois ans, de l’ancien président Mohamed Bazoum et de son épouse Hadiza, retenus à Niamey, demeure l’une d’entre elles.

Cette démarche ne procède ni d’un parti pris, ni d’une volonté de distribuer des leçons à un État. Elle naît de l’amour d’une région et d’une conviction fondamentale : aucun projet politique durable, aucune souveraineté véritable ne peuvent se bâtir sur la rancœur ou sur la privation prolongée de liberté d’un homme et de sa famille.

Sagesse politique

C’est donc vers les autorités actuelles à Niamey, et en premier lieu le chef de l’État, le général Abdourahamane Tiani, que cet appel s’adresse. L’histoire de notre continent nous enseigne que la véritable puissance d’un pouvoir ne se mesure pas à la rigueur avec laquelle il traite ses opposants ou ses prédécesseurs, mais à sa capacité à faire preuve de magnanimité au moment où on l’attend le moins. Libérer Mohamed Bazoum et sa femme ne serait nullement un aveu de faiblesse. Ce serait, au contraire, une démonstration d’assurance, de sagesse politique et une décision de haute portée morale.

Rien de ce qui est entrepris dans l’amertume et le bras de fer perpétuel ne résiste à l’épreuve du temps. Faire le choix de l’apaisement en accordant la liberté au couple présidentiel offrirait au Niger l’opportunité de refermer une fracture douloureuse et de renvoyer au monde l’image d’une nation souveraine, sûre de sa force et respectueuse de la dignité humaine.

Dans un Sahel confronté à des défis sécuritaires et socio-économiques vitaux, nos peuples n’ont plus le luxe des rancunes tenaces. L’avenir exige de la hauteur de vue.

Puisse cet appel, porté depuis nos montagnes avec toute l’affection que j’ai pour la nation nigérienne, trouver un écho favorable auprès des autorités de Niamey. En faisant le choix de la clémence et de la raison, elles inscriraient leur action dans le sens de la grandeur d’âme et de l’honneur du peuple nigérien.

                                                           Aliou BARRY

Citoyen ouest-africain engagé pour la paix et la dignité humaine

Depuis le Fouta-Djalon