Fragilisé par l’échec de son projet controversé visant à ouvrir la Coupe du monde à des investisseurs privés, Le Roi de la FIFA, Gianni Infantino est dans la tourmente. Contesté au sein même de la FIFA, abandonné par des proches collabos et critiqué par certaines Fédérations, le Prési voit son avenir à la tête du football mondial s’assombrir à huit mois de l’élection présidentielle. Vendredi 7 août, la Fédération norvégienne de football a même réclamé sa démission.

Quelques jours après la fin du Mondial-2026, Gianni Infantino est confronté à une fronde sans précédent, à la suite de son projet de céder une partie des droits commerciaux de la compétition à des investisseurs privés. L’initiative a suscité un tollé au sein de la communauté du football, avec l’UEFA en première ligne des opposants. Face à une contestation massive, le président de la Fédération internationale de football a finalement abandonné son projet. Mais son recul n’a pas suffi à calmer les critiques. La crise s’accentue et l’étau se resserre autour de Gianni Infantino.

Plusieurs alliés de l’Italo-Suisse prennent leurs distances dont des personnalités influentes de son entourage. Arsène Wenger et le secrétaire général Mattias Grafström ne lui apporteraient plus le même soutien qu’auparavant.

Parmi les légendes du football, l’ancien Ballon d’Or portugais, Luis Figo s’est montré particulièrement virulent appelant au départ immédiat du Roi contesté de la FIFA. «Je me joins à d’autres personnes de notre sport pour demander la démission de Gianni Infantino… Il a dégradé une fonction qu’il avait promis de rehausser. Il a menti, trompé et tenté de servir ses propres intérêts au détriment du football. Il a perdu le soutien de ses plus proches collaborateurs et de nombreuses personnes qui consacrent leur vie à ce sport… Il est trop tard pour sauver sa dignité, mais pas trop tard pour sauver le football. Il doit partir maintenant.»

Excuses rejetées

Acculée, la FIFA a organisé mercredi 5 août une réunion d’urgence à Rabat. À son issue, l’instance a publié un communiqué et adressé une lettre à son Conseil ainsi qu’à ses 211 associations membres. La FIFA reconnaît que « des erreurs ont été commises » dans la gestion du dossier, après la fuite du projet dans les médias. L’organisation présente ses excuses et admet que le processus devrait être conduit différemment. «Il n’a jamais été question d’exclure le Conseil de la FIFA ni les associations membres du processus», souligne le communiqué, qui insiste toutefois sur le fait que toutes les démarches entreprises respectaient le cadre réglementaire de l’organisation.

Malgré cette reconnaissance d’erreurs, Gianni Infantino ne renonce pas. Bien au contraire, il affiche sa volonté de poursuivre son règne et de s’octroyer un nouveau mandat en mars 2027.

La pression est montée d’un cran vendredi 7 août. La Fédération norvégienne est devenue la première grande instance européenne à demander publiquement à Infantino de rendre le tablier. Sa présidente, Lise Klaveness, a déclaré lors d’une conférence de presse: «Nous allons demander au président de la FIFA de démissionner maintenant.»

Les derniers remparts

Malgré cette tempête, le patron de la FIFA conserve encore des appuis importants en Afrique, Asie et dans certaines fédérations nationales. À contre-courant de l’UEFA et de plusieurs fédérations européennes, la CAF (Confédération africaine de football) continue de soutenir le président de la FIFA. Réuni jeudi 6 août, son Comité exécutif a réaffirmé à l’unanimité son soutien à Gianni Infantino et l’a remercié pour «son appui constant au football africain ces dernières années». Avec ses 54 associations membres, la CAF demeure l’un des principaux piliers électoraux du président de l’instance mondial de football.

Alors que la CONMEBOL, Confédération sud-américaine de football, a exprimé sa préoccupation face aux décisions unilatérales de la FIFA, la Fédération argentine a créé la surprise en apportant publiquement son soutien à Gianni Infantino. Son président, Claudio Tapia, a affirmé que le dirigeant suisse reste pour lui «la voie à suivre » pour le football mondial.

La Fédération mexicaine n’a pas non plus rejoint le front des opposants. Elle a indiqué avoir lancé «un processus d’étude et d’analyse» avant d’adopter une position définitive sur la FIFA.

Parmi les premiers soutiens, figure aussi la Fédération du Qatar. Dans un communiqué publié le 1er août, elle a salué à la fois « le mérite » du projet initial et « la sagesse » de son retrait, réaffirmant son soutien aux efforts de Gianni Infantino pour développer le football mondial.

Une réélection loin d’être acquise

Président de la FIFA depuis 2016 et, à ce jour, seul candidat déclaré à l’élection de mars 2027, Gianni Infantino devra obtenir la majorité des voix des 211 Fédérations membres pour rempiler. Longtemps considéré comme le grand favori à sa propre succession, le dirigeant suisse voit désormais son autorité fragilisée par une contestation qui s’étend bien au-delà de l’Europe. Malgré quelques soutiens, la multiplication des critiques, les appels à sa démission et les divisions internes à la FIFA rendent sa réélection incertaine. La crise provoquée par son projet de privatisation partielle de la Coupe du monde pourrait marquer un tournant décisif dans son règne à la tête du football mondial.

Abdoulaye Pellel Bah