Alors que le football guinéen traverse une nouvelle période de turbulences avec la crise au sein de la Fédération guinéenne de football (Féguifoot), l’Association des éducateurs et entraîneurs guinéens de football (A.E. EGUI.F) est à son tour confrontée à une profonde crise. Élu il y a un peu plus de trois ans, le président Kanfory Lappé Bangoura fait face à une fronde d’une partie des membres qui réclament une réorganisation du bureau exécutif.
Créée pour regrouper, défendre et accompagner les techniciens et éducateurs du football guinéen, l’A.E. EGUI.F entend contribuer à la structuration de la profession, à la formation des entraîneurs, à l’obtention des licences CAF, à l’élaboration d’un code de bonne conduite et au soutien des équipes nationales et des clubs. Mais depuis un certain temps, l’organisation est plongée dans une crise de gouvernance. Le mandat de Kanfory Lappé Bangoura, élu à la tête de l’association il y a un peu plus de 3 ans, court encore pour près d’une année. Mais sa légitimité est désormais contestée par plusieurs membres. Quatre membres du bureau auraient démissionné, un autre est décédé. Pour les contestataires, le problème ne se limite pas à la personne du président. Ils dénoncent surtout ce qu’ils considèrent comme une longue période d’inactivité de l’association et réclament une réorganisation complète du bureau exécutif et une redynamisation de la structure estimant que trois années d’inactivité justifient une remise à plat de la gouvernance. Une pétition a même été lancée dans ce sens.
« Ce n’est pas contre une personne »
Parmi les frondeurs, Cheick Ahmed Kaloko estime que le bureau actuel ne dispose plus de la légitimité nécessaire pour continuer à gérer les affaires de l’association. « Il y a eu des manquements dans les statuts. Plusieurs membres du bureau ont démissionné et le secrétaire administratif a déjà transmis un courrier à la Fédération guinéenne de football. Pour le moment, l’Association n’a pas de bureau fonctionnel. C’est le secrétaire administratif qui gère les affaires courantes ». Il précise que ceux ont quitté le bureau et le défunt fragilisent la composition de l’organe qui se retrouve en dessous du quorum requis.
Cheick Ahmed Kaloko réfute l’idée selon laquelle la contestation serait uniquement dirigée contre Lappé Bangoura. « Ce n’est pas le départ du président qui motive cette situation. L’association est restée inactive pendant plus de trois ans. Il n’y a pas eu de réunions régulières ni de comptes rendus et pratiquement aucune activité n’a été menée. Les membres eux-mêmes ont reconnu cette situation. Certains ont estimé qu’ils n’avaient plus rien à défendre et ont donc décidé de démissionner ». Pour le frondeur, l’objectif est donc de procéder à une réorganisation globale de l’association plutôt que de chercher simplement à remplacer son président. « Ce n’est pas contre une personne. C’est contre le non-fonctionnement de l’association. Il ne s’agit pas seulement de changer le président, mais de revoir l’ensemble du bureau », insiste-t-il.
Des divergences sur la procédure
Cette lecture de la situation n’est toutefois pas partagée par tous les membres de l’association. Abdoulaye Koumbassa, membre du bureau et président de l’antenne de Matoto, estime pour sa part que la crise actuelle résulte davantage d’un malentendu que d’une véritable rupture. Il déplore le recours à une pétition pour réclamer le remplacement du bureau et appelle au respect des procédures prévues par les textes de l’association. « Je pense qu’il n’y a pas réellement de problème, mais plutôt des malentendus. Nous avions exprimé le souhait que l’association soit représentée au prochain Comité exécutif de la Féguifoot. Après cette réunion, nous avons appris que le bureau serait suspendu ou dissout. Ce n’est pas normal. Aucune assemblée générale n’a été convoquée pour prendre une telle décision ».
Abdoulaye Koumbassa estime que les statuts et le règlement intérieur actuels présentent des insuffisances qui compliquent davantage la gestion de la crise. « Le règlement intérieur ne permet pas clairement de remplacer le bureau dans les conditions actuelles. Aucun membre de l’association n’est véritablement en conformité avec certaines dispositions, notamment en ce qui concerne les cotisations. Avec ces difficultés, je pense que nous devons revenir autour de la table, procéder au toilettage de nos statuts et de notre règlement intérieur et trouver une solution consensuelle », plaide-t-il.
L’ultime réunion
À cette crise de gouvernance s’ajoute un autre hic : l’A.E. EGUI.F ne disposerait toujours pas d’un siège légalement établi. Une situation qui illustre, selon certains membres, les difficultés structurelles auxquelles l’association est confrontée depuis plusieurs années.
Malgré les tensions, les différentes parties semblent vouloir privilégier le dialogue. Au moment où nous allions sous presse, une nouvelle réunion à l’initiative de certains entraîneurs était en cours. Elle devait réunir 15 membres de l’association samedi 15 août, à Cona-cris.
Alors que cette rencontre pourrait être déterminante pour l’avenir de l’A.E.EGUI.F et devrait permettre de clarifier la situation du bureau exécutif, examiner les démissions enregistrées et, surtout, définir les conditions d’une éventuelle réorganisation de l’association, trois jours après, aucune information n’a encore filtré sur le résultat de la rencontre.
Après la crise qui secoue la Féguifoot, cette guéguerre au sein de l’organisation censée défendre les intérêts des entraîneurs guinéens vient rappeler les difficultés de gouvernance qui traversent le football national.
Abdoulaye Pellel Bah

