Le sujet qu’on rabâche dans les milieux culturels, en Afrique sub-saharienne ces dernières décennies, est bien celui du lourd passif colonial et de la traite négrière, difficile à apurer, ses paramètres étant complexes. Les requêtes sont articulées autour de grandes thématiques dont la réhabilitation morale des peuples asservies, la réparation financière et la restitution des œuvres spoliées durant ces deux périodes historiques douloureuses.

Si toute l’Afrique noire est vent debout contre l’indolence condescendante des colonialistes et esclavagistes d’hier, certains État tels que le Bénin, le Ghana, le Sénégal et le Nigeria se sont particulièrement distingués dans le combat pour le recouvrement des droits des peuples naguère asservis. Les premiers droits exigés sont ceux dont l’accomplissement est plus aisé. C’est pourquoi certains État ont rapidement procédé à l’inventaire du patrimoine matériel et immatériel dont leurs peuples ont été spoliés. Le sabre de El Hadj Omar Tall a été restitué au Sénégal et le Djidji Ayôkwé à la Côte d’ivoire. Aussi, il a été transféré au Nigeria nombreux d’objets d’art en bronze et en bois ainsi que des têtes commémoratives royales et au Bénin le trésor d’Abomey.

Décidée à se réapproprier son patrimoine culturel emporté par les colons français et s’inspirant des exemples suscités, la Guinée a entrepris auprès des autorités françaises les démarches idoines auxquelles a été réservé une réponse favorable. Ainsi, la rétrocession de Manuels écrits par l’Almamy Samory Touré, empereur du Wassoulou, a été acté. Bientôt, il en sera de même en ce qui concerne le crâne de l’Almamy Bocar Biro, dernier roi du Fouta-théocratique, avant la pénétration coloniale. On peut parier que la liste du patrimoine culturel guinéen spolié ne se réduit pas à ces deux et qu’un profond travail d’investigation s’impose.

De nombreuses requêtes sont en cours d’examen dans les capitales des anciennes métropoles coloniales. On assiste à un véritable éveil et prise de conscience mémoriel, plus d’un demi-siècle après les indépendances. Pourquoi donc cette longue période d’amnésie, de commotion cérébrale ? Le souci d’éviter de heurter la susceptibilité de l’ancienne puissance coloniale et de compromettre d’éventuelles relations de coopération fructueuse a sans doute souvent sous-tendu cette posture des dirigeants africains.

Outre la restitution des objets et des œuvres littéraires historiques, nombre d’États africains sub-saharienne exigent la réhabilitation des communautés asservies sous l’esclavage ou la colonisation et la réparation pécuniaire des préjudices moraux et matériels subis du fait de ces deux réalités.

Mais s’il est aisé d’identifier et d’inventorier le patrimoine matériel et immatériel, la réhabilitation morale et la compensation pécuniaire ne le sont pas. Les éléments d’évaluation de ces catégories sont plus difficiles à appréhender et à chiffrer. C’est pourquoi des États priorisent la restitution des objets historiques. D’ores et déjà, les politiques et les historiens africains peuvent se réjouir des avancées majeures de leur combat mémoriel en faveur des victimes de la traite négrière et du colonialisme. Ce n’est certes pas la fin de l’odyssée, mais de bonnes perspectives s’ouvrent. Souvenons-nous toujours de cette maxime : « Il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre ni de réussir pour persévérer. »

Abraham Kayoko Doré