Le 5 septembre dernier, Mamadi Doumbouya, qui avait renversé Alpha Condé un matin de septembre 2021, a célébré l’an cinq de son arrivée au pouvoir. C’est l’heure du bilan.

A son arrivée au pouvoir le 5 septembre 2021, l’ex-commandant du Groupement des forces spéciales de Guinée avait impressionné de nombreux Guinéens. Et ce en raison de la volonté proclamée de l’officier supérieur de l’armée guinéenne de redresser le pays. Mamadi Doumbouya, enthousiaste, s’était engagé à éviter les erreurs du passé, à débarrasser la Guinée de la corruption, à protéger les libertés publiques et les droits humains, à enclencher le développement socio-économique du pays, ou encore à rendre le pouvoir aux civils au terme de deux ans de transition convenus avec la Cédéao. Y est-il parvenu, cinq ans après ?

Son quinquennat reste mitigé. Au lieu de céder le pouvoir à un civil comme il s’était engagé, Mamadi Doumbouya s’est fait élire, avec 86,72 % de suffrages, président de la République de Guinée à l’issue d’une élection présidentielle verrouillée en décembre 2025.

Pour récolter un tel score, les autorités de la transition ont dû compétir sans les grands partis politiques : le Rpg arc-en-ciel d’Alpha Condé qui était au pouvoir, l’Ufr de Sidya Touré, l’Ufdg de Cellou Dalein Diallo ; tous en exil.

Croyant son heure arrivée, Cellou Dalein Diallo avait pourtant défendu mordicus à l’international le putsch contre son adversaire politique d’hier Alpha Condé et le début de la transition. C’était sans compter avec les ambitions politiques de Mamadi Doumbouya qui tentait de déblayer le terrain pour rester au pouvoir.

Comme récompense, le leader de l’Ufdg a perdu son domicile. Puis la justice dépoussière le dossier de la vente, en 2002, de l’ancienne compagnie publique Air-Guinée. Le divorce entre les deux alliés devient inévitable.

Lutte contre la corruption

La fermeture de médias privés, l’interdiction des manifestations sur les places publiques, les disparitions forcées, l’intimidation des voix critiques ont ponctué les cinq premières années de Doumbouya au pouvoir. Oumar Sylla dit Foniké Menguè et Mamadou Billo Bah, responsables du Front national pour la défense de la constitution-FNDC ont ouvert le bal des disparus en juillet 2024, veille d’une manifestation contre la vie chère et la fermeture des médias privés.

Suivra en décembre de la même année l’enlèvement du journaliste Habib Marouane Camara, de Saadou Nimaga, entre autres. Des disparus retrouvés vivants, molestés : Mohamed Cissé (FNDC), Mohamed Traoré (avocat), Abdoul Sacko (activiste).

Au total, on serait sans nouvelles d’une centaine de personnes, selon le FNDC (dissous) et une soixantaine de morts dans les manifestations publiques à travers le pays. Aliou Bah, le leader de Mouvement démocratique libéral, opposant critique du pouvoir, a écopé de deux ans de prison, pour « diffamation » contre Mamadi Doumbouya en janvier 2025.

Côté réformes, il y a la création de la Cour de répression des infractions économiques et financières. Mais la Crief s’est concentrée sur les dossiers des dignitaires du régime déchu, au point que la juridiction est taxée de sélective. Doumbouya avait promis qu’il n’y aura pas de chasse aux sorcières. Toutefois, Ibrahima Kassory Fofana, Amadou Damaro Camara, Mohamed Diané, Ibrahima Kourouma, Oyé Guilavogui, Mohamed Lamine Bangoura, Alpha Mohamed Kallo et Cie ont été trimbalés à la Crief pour des faits présumés de détournement de deniers publics, d’enrichissement illicite, de blanchement de capitaux et de corruption. La mise en place de la Crief peine à moraliser la gestion publique.

Economie, développement…

L’autre fait marquant est la tenue du procès des événements du 28 septembre 2009, après de tergiversations sous Alpha Condé. Une avancée saluée en Guinée et ailleurs. Néanmoins, des décisions présidentielles dans le dossier encore en appel ont suscité par la suite des indignations et condamnations des parties civiles et des organisations nationales et internationales de défense des droits humains : Moussa Dadis Camara, condamné à 20 ans de prison, gracié. Bienvenu Lamah, acquitté, a été gradé et nommé par le Président.

En économie, les faits saillants sont la crise du cash, la congestion du port de Conakry, l’entrée en production du mégaprojet Simandou, l’amorce de la construction de raffineries d’alumine, entre autres. « La vision Simandou 2040 sera exécutée avec la rigueur, la méthode et la constance qu’elle exige. Non pour la gloire d’un homme ni d’une génération, mais pour que nos enfants héritent enfin d’une Guinée prospère, digne et souveraine », a écrit le Président Mamadi Doumbouya dans son adresse à la Nation, sur sa page Facebook, à la faveur de ses cinq ans au pouvoir. Toutefois, le chef de l’Etat a ajouté que le 5 septembre « n’est pas un jour de triomphe. C’est un jour de deuil, de gravité et de mémoire », affirmant avoir fait reculer l’ethnocentrisme. 

Programme Simandou

Le Président Mamadi Doumbouya, qui a accéléré l’entrée en production du plus grand projet intégré mine-infrastructures en Afrique, y a adossé le Programme Simandou 2040 censé enclencher le développement socio-économique du pays. Plusieurs projets ont été réalisés ou sont en cours de réalisation bien que certains soient financés sous le règne de son prédécesseur : échangeur de Bambéto et du KM 36, la poursuite des chantiers routiers comme la RN1, réhabilitation en cours de la route Mamou-Labé, la construction du pont à péage à Tanéné (Dubréka), les voiries de Conakry et d’autres villes du pays, construction avancée du nouveau siège de l’Assemblée nationale à Koloma… Mais tout cela n’allège pas le panier de la ménagère. Les délestages électriques sont aussi à l’actif des autorités actuelles.

Investi Président de la République en janvier dernier pour un septennat, dans un pays où il n’y a plus d’opposant, plus de manifestations ou de voix critique, le Président Mamadi Doumbouya est très attendu sur l’amélioration des conditions de vie de ses compatriotes qui tirent actuellement le diable par la queue. A la faveur du 5 septembre dernier, il a déclaré que « sa détermination à servir la patrie demeure intacte, et elle ne faiblira pas. Les réformes engagées et les projets structurants seront menés à leur terme. Je m’y engage devant vous, sans réserve et sans détour, pour le mieux-être de notre peuple ».

Encore, un nouvel engagement !

Yaya Doumbouya