Dans un communiqué du 31 août, le secrétaire général de l’Assemblée nationale, Aboubacar Camara, a suspendu tout mouvement syndical au sein de l’institution. Il invoque l’expiration du mandat de la structure syndicale depuis 2024 et l’absence de renouvellement régulier de son bureau. Des syndicalistes critiquent la décision.
A cause de son mandat expiré « Le bureau [syndical] actuel ne peut, en conséquence, être considéré par l’Administration parlementaire comme une instance syndicale régulièrement mandatée pour assurer la représentation collective des travailleurs », indique la note d’Aboubacar Camara qui avait aussi annoncé la mise en place d’un cadre provisoire de concertation sociale, pluraliste et représentatif des différentes sensibilités du personnel au sein de l’Administration parlementaire. La structure devrait permettre « d’assurer la concertation sur les questions professionnelles et sociales, en attendant la régularisation de la situation. »
En réponse à ce communiqué, émis quelques jours après l’installation de la première législature de la Cinquième République, le syndicat conteste la décision d’Aboubacar Camara. Joint au téléphone lundi 7 septembre par La Lance, Morlaye Keita, secrétaire du bureau syndical, pense que l’argument relatif à l’expiration du mandat ne correspond pas aux faits. « Quand il dit que la date limite du bureau syndical est arrivée depuis 2024, il y avait eu des négociations avec le même bureau syndical en 2025, en 2026. Un statut particulier des travailleurs parlementaires a même été signé, je crois, le 3 avril 2026 avec le même bureau. Maintenant, est-ce qu’il y a une concordance entre ce qu’il dit et cette déclaration ? », s’est-il interrogé, avant de répondre à sa propre question : « Je dis non ! »
Le syndicaliste estime ainsi que le secrétaire général n’a pas compétence de suspendre les activités de la structure syndicale. « Ce n’est pas à lui de prendre une telle décision. Puisque souvent, on parle de renouvellement, ce n’est pas une élection. Si le mandat a expiré, c’est au bureau en exercice qu’il revient d’adresser une note à qui de droit. Nous, nous sommes toujours battus pour être auprès de la loi. Donc, ce que le secrétaire général dit, cela ne nous concerne pas. Nous ne sommes pas des enfants, nous savons quoi faire », affirme Morlaye Keita.
Le syndicaliste déplore aussi ce qu’il considère comme un manque de soutien du secrétaire général à la cause des travailleurs parlementaires. « On le respecte en tant que secrétaire général, il devrait être le premier à défendre les causes des travailleurs. Mais s’il se met à faire le contraire, je me demande vraiment où se diriger, où donner de la tête. Donc, c’est simple, nous sommes désolés par rapport à sa déclaration. Nous, nous suivons notre chemin », insiste-t-il.
Un renouvellement annoncé
Tolno Daniel, responsable de la communication de l’Union syndicale des travailleurs de l’administration parlementaire, joint aussi au téléphone lundi 7 septembre, affirme que le bureau syndical est toujours légitime et qu’un processus de renouvellement est en cours. « Le bureau syndical existe depuis 2021 et a continué sous la transition. La transition terminée, il revient à la centrale syndicale de venir organiser un renouvellement du bureau syndical de son démembrement à l’Assemblée nationale. Il ne revient pas donc au patronat de suspendre et de dire qu’il attend jusqu’à un nouvel ordre, pour organiser une série d’élections ».
Pour le responsable de la communication, la décision de l’administration parlementaire cacherait une volonté de créer une nouvelle structure syndicale parallèle directement rattachée à la direction. « Nous voyons déjà l’intention derrière. Ils veulent simplement mettre en place un syndicat maison. C’est-à-dire un syndicat au vouloir du patronat. Nous n’accepterons pas cela, parce que les associations syndicales ont une autonomie. Les travailleurs sont libres de se réunir et d’élire leur représentant », affirme Tolno Daniel.
Le syndicaliste annonce par ailleurs le renouvellement prochain du bureau syndical, à l’issue d’une concertation avec la centrale syndicale. « Nous avions eu une réunion avec la centrale syndicale. Le mercredi 9 septembre est maintenu pour l’organisation du renouvellement du bureau syndical. On va tenir notre congrès de renouvellement et les travailleurs vont donner leur voix. Il reviendra aux travailleurs de décider de qui doit être un délégué syndical », annonce-t-il.
Alors qu’Aboubacar Camara, le secrétaire général de l’Assemblée nationale, estime que le bureau actuel n’est plus régulièrement mandaté, les responsables syndicaux, eux, revendiquent leur droit à organiser le renouvellement de leur instance conformément aux règles syndicales.
Mariama Dalanda Bah

