Le 2 septembre, Algassimou Diallo a été longuement auditionné devant la Cour suprême. Placé sous mandat de dépôt et détenu dans un premier temps dans un lieu tenu secret, l’ancien procureur dans le procès du 28-Septembre serait incarcéré à la prison de Coyah.
Le dossier Algassimou Diallo évolue discrètement. L’ancien avocat général près la Cour suprême, récemment radié de la magistrature, a passé dix longues heures d’audition devant la plus haute judication du bled. Et ce dans le cadre de l’instruction de l’affaire dite de « l’enregistrement sonore. » Arrivé à la Cour suprême peu après 10 heures, Algassimou Diallo y a passé toute la journée. Il a quitté les lieux peu avant 20 heures, escorté par la police. Un important dispositif sécuritaire avait déjà, depuis le matin, quadrillé les issues de la juridiction. Destination, la prison de Coyah où il séjournerait depuis la veille, après avoir été gardé dans un lieu méconnu du grand public.
Une affaire qui embarrasse ?
Celui qui qui fut représentant du ministère public pendant le procès du massacre du 28-Septembre 2009 est reparti en taule sans qu’une communication ne soit faite sur les chefs d’accusations mis à sa charge. En tout cas, le dossier Algassimou Diallo semble désormais avoir franchi le cap d’une simple mesure administrative. Il entre pleinement dans le champ judiciaire.
Son audition, elle, s’est tenue à huis-clos, dans un des étages du siège de l’institution, loin des caméras et des regards : « Selon nos informations, il se porte bien. Il aurait été interrogé en deux ou trois phases, avec des pauses, pour lui permettre de manger et souffler », affirme un proche de l’ex-pro-crieur qui « ne porte pas de marques de violences physiques. »
L’affaire prend des allures de « patate chaude » que chacun semble vouloir éviter d’évoquer publiquement. Le procureur général près la Cour suprême, Sidy Souleymane Ndiaye, a quitté les lieux sans faire de déclaration. Même réserve du côté des avocats de l’ancien magistrat. Sollicité pendant l’audition, l’un d’eux a préféré éluder toute question, lançant simplement : « Laissez-moi fumer ma cigarette, ne me créez pas de problème. »
Algassimou Diallo est assisté d’au moins quatre avocats (sans vinaigrette). À leur sortie, tous se sont abstenus de commenter le dossier, invoquant le secret de l’instruction. L’atmosphère à la Cour suprême était particulièrement pesante. La présence massive des farces de sécurité, pendant toute la durée de l’audition, témoignait du caractère sensible du dossier.
Poursuivi pour « atteinte à la sûreté de l’État » ?
Au cœur de cette audition : un enregistrement audio qui lui est attribué. De cet élément sonore, non encore authentifié par de sources indépendantes, l’ancien magistrat serait accusé d’évoquer des manœuvres visant le pouvoir en place, en lien avec l’opposant et leader de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), Cellou Dalein Diallo. Des accusations que la justice n’a, à ce stade, pas officiellement détaillées. Même s’il se murmure qu’il est poursuivi, entre autres, pour « atteinte à la sûreté de l’Etat. »
Le dossier Algassimou Diallo ne date pas du 2 septembre. Ce dernier a été suspendu de ses fonctions de magistrat depuis le 18 août, pour « manquements graves aux devoirs de son état, à l’honneur, à la délicatesse et à la dignité de la profession de magistrat. » Il a ensuite été révoqué, avant d’être radié de la magistrature par décret présidentiel de Mamadi Doumbouya.
Son passage devant la Cour suprême constitue ainsi une nouvelle étape dans une affaire qui, au fil des semaines, devient de plus en plus sensible.
Yacine Diallo

