Décidément, ces temps-ci, le starting-block des projets publics ne désemplit pas. Il y a toujours une petite ou une grande chose à accomplir. Ainsi, quelques actes historiques et symboliques marqueront à jamais l’année 2026.
Les pluies diluviennes qui s’abattent sur Conakry-la-proprette, au mois d’août, provoquent depuis quelques années, avec la complicité de l’urbanisation accélérée et désordonnée, des drames.
Cette année, elles ont entraîné dans la nuit du 23 août l’éboulement de tout un pan de la plus vieille décharge d’ordures ménagères de Conakry, à Dar-es-Salam : 34 pauvres hères y ont perdu la vie, tandis que beaucoup d’autres y ont été plus ou moins grièvements blessés. Cette catastrophe, qui n’est pas la première, est néanmoins la plus meurtrère.
Les autorités ont accéléré l’opération de destruction et de délocalisation en cours de la décharge. Des mesures d’urgence ont consisté à prendre en charge les ménages sinistrés dont bon nombre ont été hebergés dans des établissements scolaires. Le quartier de Dar-es-Salam qui suffoque depuis des années des odeurs pestilentielles morbides et mortifères se réjouit de la perspective de l’éloignement de ce danger. Cependant, les travaux requis par cette opération sont importants. ll y a donc loin de la coupe aux lèvres.
Concomitamment à l’éloignement de la décharge qui endeuillait par moments le populo du coin, la capitale va être débarrassée d’une vieille bâtisse historique. En l’occurrence, la prison de Coronthie : tantôt appelée Maison centrale, tantôt appelée Sûreté mais que votre journal satirique, Le Lynx, moque en l’élevant au rang d’Hôtel cinq étoiles de Coronthie.
Construit par le colon français en 1933, le bâtiment a traversé la vie de la Guinée coloniale et indépendante. Même s’il a eu comme pensionnaires des célébrissimes politicards tels que Alpha Grimpeur, Bah Mamadou Banqueroute et les accusés des évènements du 28-Septembre 2009, au stade éponyme, l’Hôtel cinq étoiles de Coronthie a eu le mérite d’avoir échappé au tragique destin des prisons politiques. Même la Révolution n’a pas daigné l’en encombrer.
Un troisième lieu emblématique tout aussi chargé d’histoire s’apprête à faire peau neuve, s’endimancher. C’est l’Hôpital national Ignance Deen qui a longtemps porté le nom de son fondateur en 1901 : Noël Ballay, premier gouverneur de la colonie Guinée française. Ce centre hospitalier qui a été longtemps le joyaux de la capitale de la colonie puis de la République n’est plus que l’ombre de lui-même depuis belle lurette. Le degré de décrépitude des locaux et des équipements est alarmant et en déphasage avec les perspectives de modernisation du cadre de vie de la population. La reconstruction du second hôpital national, devenue un impératif, est en cours d’exécution. Personnel administratif, personnel sanitaires, patients et personnel subalterne ont été déjà affectés dans diverses autres formations sanitaires notamment au camp Boiro, à la Camayenne (commune de Dixinn).
C’est, à n’en pas douter, un hôpital de référence qui naîtra des centres d’Ignace Deen. Le pays pourra peut-être désormais davantage épargner d’euros et de dollars en procédant à moins d’évacuations sanitaires vers le Maghreb notamment. On fera plus que des économies de bout de chandelle.
Comme quoi, le Conakry new look c’est ici et maintenant.
Abraham Kayoko Doré

