Dans un communiqué du 7 septembre, la mairie de Kankan a instruit aux chefs de famille et aux citoyens ordinaires de faire identifier leurs hôtes auprès des chefs de quartier, histoire de lutter contre l’insécurité. Mais la morsure euh la mesure suscite la controverse au sein de la société civile.

Désormais, toute personne venue d’une autre localité de la région doit être considérée étrangère dans la ville de Kankan. Telle est la décision de Lamine Labo Kourouma, le maire de la commune urbaine. Dans son communiqué, l’élu indique que tout chef de famille ou citoyen qui « reçoit un étranger venu d’une autre localité doit immédiatement informer le chef de son quartier ». Selon la mairie, l’insécurité bat son plein à Kankan.

La décision fait fuite à l’assassinat, le 18 août dernier, d’un gars d’une quarantaine d’années dans le coin, indique le porte-voix de la mairie. «Il a été décapité. Les enquêtes pour retrouver ses bourreaux sont en cours», a déclaré à notre rédaction, le 10 septembre, Michel Pivi, porte-voix de la mairie. Selon lui, il y a une semaine, des nounous auraient aperçu un individu venu se baigner dans un marigot, avec une arme. «Ces femmes ont fui, l’homme aussi», ajoute-t-il.

Le porte-voix justifie la décision de la mairie du fait que la préfecture de Kankan est entourée de zones aurifères (Mandiana, Siguiri) où des crimes et des violences sont récurrents. «Des individus peuvent commettre des crimes dans ces zones minières et venir se réfugier dans la ville de Kankan. Ils logent soit dans des appartements meublés ou dans des concessions familiales. Quiconque accueillera un étranger sans en informer le chef du quartier aura des problèmes, il répondra devant la loi», a-t-il prévenu.

Michel Pivi renchérit que la mesure concerne également les ressortissants d’autres pays. «Les étrangers doivent décliner leur identité auprès des chefs de quartier : leur provenance, la raison de leur séjour et préciser combien de temps comptent-ils y rester. Les informations seront remontées aux forces de sécurité, cela aidera à trouver des criminels qui se cachent à Kankan.» Selon le porte-voix, chaque quartier [ils sont 57 au total] a au moins 5 agents communaux de sécurité.

Décision controversée

Ousmane Traoré, de l’ONG Réseau d’appui au développement communautaire et à l’éducation civique (RADEC) résidant à Kankan, apprécie la décision. «La mesure renforcera la sécurité des personnes. La première République appliquait des mesures similaires. Il est normal que les tenanciers des hôtels, des résidences meublées et des chefs de famille informent les autorités communales de l’arrivée des étrangers dans la ville.»

Sékou Kaïssa Cissé, du Conseil régional de la société civile de Kankan, estime cependant qu’une forte sensibilisation devrait être faite en amont, notamment dans toutes les radios publiques et privées. Il évoque une décision hâtive. «La mairie est allée à la va-vite. Sinon toutes les parties prenantes devraient être associées avant la prise de la mesure. Il fallait mobiliser la société civile et la jeunesse, afin de faire passer le message. Une analyse approfondie était nécessaire pour définir la méthodologie appropriée, afin qu’on puisse maîtriser les flux migratoires à Kankan.» Sékou Kaïssa sollicite un dialogue permanent, pour que la société civile «apporte son grain de sel à la stratégie amenant la communauté a adhérer à la décision.»

Souleymane Bah