En Guinée, la gestion des lieux touristiques : plages, maisons historiques, cascades, paysages paradisiaques, excusez du peu, est un défi majeur. Pourtant, dame nature a doté le bled d’immenses lieux paradisiaques qui, s’ils étaient convenablement entretenus, pourraient non seulement attirer de nombreux touristes en Guinée mais aussi rapporter beaucoup de pognon au budget anémié de l’État. Mais de nombreux sites touristiques sont en lambeaux, telle la plage de Tayaki.:

La plage du village de Tayaki, relié à son quartier Kobayah par des sentiers traversant une rizière et des marais, se trouve actuellement dans un piteux état. À seulement 4 kilomètres de la ville, l’accès à ce village est difficile à cause du mauvais état de la piste. Boue, flaques d’eau, rendent la chaussée glissante, rendant ainsi extrêmement compliqué, pour les habitants et visiteurs de fréquenter Tayaki et sa plage qui ne cesse d’attirer de curieux et amoureux de dame nature.  

De la montée des eaux

En allant à Tayaki, une première image frappe le paysage : la forte pression exercée sur l’environnement. Tout au long du trajet, ce sont des remblais sur lesquels poussent d’immeubles de tout standing. Sur certaines parties, des clôtures bloquent la libre circulation de l’eau. Dire qu’à longueur de journée, des ouvriers, munis de pelles, brouettes, pioches, transportent la terre pour remblayer le lit de la rivière. Conséquences, en cette saison des pluies, la montée des eaux engloutie la plage, parfois jusqu’aux habitations. Ce qui ne favorise pas un cadre de vie idéal aux habitants et éventuels touristes. S’y ajoute une odeur nauséabonde, causée par des ordures versées çà et là. « Nous souffrons beaucoup pendant cette saison des pluies, parce que l’eau envahie nos maisons jusqu’à nos comptoirs. Ce qui fait que personne ne peut venir ici en ce moment », a expliqué Ibrahima Sory Soumah, habitant de Tayaki. Il estime que la dégradation poussée de l’environnement est à la base du phénomène.

Les ordures composées de sachets plastiques et autres déchets jonchent le long de la plage, rendant le coin moins agréable, au point qu’un visiteur refuserait d’y revenir. Interrogés, des habitants affirment que seulement pendant la saison sèche que la plage est fréquentable. Pourtant, il ne devait pas avoir une période spécifique, pour visiter un tel lieu paradisiaque, s’il était bien entretenu et s’il était surtout la tasse de thé des autorités en charge du tourisme, de l’habitat, entre autres.

Activités économiques au ralenti

À Tayaki, les activités économiques sont presqu’à l’arrêt. La majorité des cabarets, hangars qui servent de restaurants, de lieux de loisirs et de buvettes, tourne au ralenti. Les visiteurs se font rare voire inexistants, puisque durant plus de 5 heures sur les lieux, nous n’avons rencontré aucun visiteur.

La pêche, activité principale de Tayaki, tient encore mais avec beaucoup de difficultés. Entre manque de moyens, de matériels et phénomènes naturels, les pécheurs éprouvent d’énormes difficultés pour subvenir à leurs besoins. Depuis plus de 20 ans, Abdoulaye Yattara, pêcheur, part en mer pour trouver du poisson. A 12h, mercredi 9 septembre, il était en train de réparer sa pirogue pour aller en mer, les jours suivants. Seulement voilà, sa pirogue n’est pas motorisée. Un tissu attaché à un morceau de bois, une sorte de voile, lui sert de boussole. Tandis qu’une paire de pelles utilisée manuellement fait office de pédale et lui permet de naviguer. Cette situation, dit-il, l’empêche de trouver du poisson convenablement. « Si je trouve des crevettes, elles nourrissent ma famille. Je ne peux pas avoir du poisson abondamment pour commercialiser. Tout ce que vous voyez, ce sont des pirogues à pagaie, nous n’avons pas de moteur. S’il n’y a pas de vent qui souffle normalement, c’est Dieu qui nous sauve ».

À cette difficulté, s’ajoute la présence des bateaux qui extraient du sable marin, accuse le pêcheur Sidibé qui affirme que cela les empêche de travailler tranquillement en mer. « Ces bateaux abîment nos filets et il n’y a pas de remboursement. Nous avons été à leur base, ils nous disent qu’ils ont acheté la partie, donc ils travaillent quand ils veulent. Par moment, il n’y a pas assez de distance entre ces bateaux et nous. Pourtant, nous payons aussi les taxes».

À Tayaki, de braves femmes pratiquent la pêche mais aussi fument les poissons, pour les acheminer dans les différents marchés de Cona-cris. Mais, aujourd’hui elles sont confrontées à la dégradation poussée de la route. « Ici, ce sont des motos qui sont les moyens de transport, mais même sur ces engins, difficilement nous accédons à la ville [Kobayah]. Nous sommes obligés souvent de porter nos bagages sur la tête, pour marcher. C’est vraiment difficile pour nous », a expliqué Aminata Diallo, fumeuse de poissons à Tayaki.

Tayaki est cette belle plage dans la périphérie de Cona-cris qui manque de tout, infrastructures, notamment, bref non valorisée.

Ibn Adama, envoyé spatial