Le 16 octobre, le Président de la République a déclassifié les réserves foncières de la zone industrielle de Simbaya-Wanindara, à Conakry, et de l’île de Kassa (au large de Conakry). La décision prévoit la restructuration, la régularisation et l’aménagement des sites au profit de leurs occupants. Alors que les modalités, notamment financières, de la régularisation font débat, le Chef de l’État, lui, rassure les occupants.

Mamadi Doumbouya et les populations installées dans les zones déclassifiées de Wanindara et de l’île de Kassa savourent encore un déclassement perçu comme la réparation d’une injustice longtemps subie par les habitants. Le Président, communié avec les populations de Wanindara, a justifié encore, sur sa page Facebook, le 24 octobre, sa décision.

Au lendemain du déclassement, Amadou Doumbouya, directeur national de l’Aménagement du territoire et de l’Urbanisme, apportait une précision de taille : la régularisation des terrains passera par des opérations techniques et financières, dont les modalités restent à définir. Cette sortie inquiétait quelques peu les populations qui, bien que dans la fête, craignaient qu’on ne les oblige à racheter des terrains acquis, des décennies avant, et de haute lutte.  

Dans son message adressé aux populations, le Chef de l’État a présenté la décision comme la fin d’une longue période d’incertitude foncière: «Cette injustice, l’État l’avait laissée sans réponse. Elle est désormais réparée», estimant que les habitants retrouvaient ainsi un droit qui leur était dû par la République.

De la restitution à la régularisation, un fossé ?

Le Président promet la restructuration, la régularisation et l’aménagement des zones concernées au profit de leurs occupants. Routes, écoles, centres de santé, terrains de sport et aires de jeux figurent parmi les infrastructures annoncées. Une manière de présenter l’opération comme un projet d’aménagement urbain allant au-delà de la simple sécurisation des parcelles. Mais là où Mamadi Doumbouya parle de justice sociale et de droit restitué, Amadou Doumbouya met en avant les procédures nécessaires pour accéder à la propriété.

Le responsable de la DATU insiste sur la nécessité d’adapter le statut foncier de ces espaces à leur occupation actuelle. Le déclassement permettrait de passer d’un régime industriel à un régime résidentiel, ouvrant la voie à une restructuration des quartiers concernés : « Il était nécessaire de déclasser cette zone, car elle était auparavant soumise à un régime industriel. Aujourd’hui, lorsqu’on observe la situation à Wanindara et à Kassa, on constate que ces secteurs sont fortement occupés par des habitations. Il n’était donc plus possible d’y implanter des industries. »

Une régularisation qui ne sera pas sans coût

Sur ce point, les deux discours convergent. Le Président annonce une décision politique visant à réparer une injustice, le directeur évoque la cohérence avec la situation actuelle. La différence apparaît davantage lorsqu’il est question de la propriété elle-même. Dans son message, Mamadi Doumbouya assure que les terres seront régularisées au profit de leurs occupants et présente cette mesure comme un droit, non comme une faveur. Amadou Doumbouya, lui, souligne que l’occupation d’une parcelle ne suffira pas, à elle seule, à en devenir propriétaire : « Pour devenir propriétaire d’une parcelle, que ce soit à Kassa ou à Wanindara, il faudra nécessairement suivre des procédures. » Le directeur annonce l’élaboration d’un plan de restructuration destiné à corriger les occupations existantes. Les superficies occupées devront être déterminées, puis les opérations de régularisation conduites conformément au plan validé et appliqué sur le terrain. Le déclassement ouvre la voie à la régularisation, mais ne signifie certainement pas que chaque occupant devient automatiquement propriétaire de la portion qu’il occupe. Il reste à établir les limites des parcelles, à déterminer les superficies et à appliquer les règles prévues dans le cadre de la restructuration.

Le Président Mamadi Doumbouya à Wanindara le 19 octobre 2026

Autre élément important apporté par le directeur national : la dimension financière de l’opération. Amadou Doumbouya annonce qu’un coût au mètre carré sera fixé. Il précise toutefois que les montants seront forfaitaires. Cette précision donne une autre dimension à la promesse présidentielle. Si le chef de l’État insiste sur la restitution d’un droit et sur la fin d’une injustice, les explications de la DATU indiquent que la sécurisation foncière passera par une procédure comportant un volet financier. Il ne s’agit donc pas, à ce stade, d’une attribution gratuite explicitement annoncée. Le montant à payer, les modalités de règlement et les critères précis de régularisation ne sont pas détaillés.

Il reste donc une étape essentielle : transformer la promesse politique en une régularisation effective et transparente. C’est à cette aune que les populations de Wanindara et de Kassa pourront effectivement savourer la portée réelle de la décision du 16 octobre.

Yacine Diallo