Huit mois après la révocation de Bouba Sampil, les membres statutaires ont élu, le mardi 27 octobre, Mamady Doumbouya à la tête de l’instance dirigeante du football guinéen. Le directeur général de l’ARPT et PCA de l’Union FC de Conakry a remporté le scrutin avec 21 voix, devançant l’ancien président de la Fédération, Mamadou Antonio Souaré, crédité de 18 voix.
La Fédération guinéenne de football (FGF) a un nouveau président. Des quatre candidats en lice, Mamadou Antonio Souaré, ancien patron de la FGF ; Ibrahima Kalil Kaba, président du Karfamoriah FC ; Mohamed Chérif Haïdara et Mamady Doumbouya, c’est ce dernier qui rafle la mise. Au terme d’un scrutin particulièrement scruté, c’est le candidat de la liste « Renouveau football RF-224 » qui a tiré son épingle du jeu. Paradoxalement, il aura été le seul candidat à n’avoir pas pris la parole devant les électeurs le jour du vote, laissant le soin à un de ses lieutenants.
Sur les 53 membres statutaires, 52 ont voté. Le seul n’ayant pas voté n’avait pas de mandat de son club. Il a été sommé de quitter la salle avant le début du vote. Mamady Doumbouya, s’en donc sorti avec 21 voix. Vient ensuite Antonio Souaré (18 voix) et Ibrahima Kalil Kaba (13 voix). Mohamed Chérif Haïdara n’a recueilli aucun suffrage. Antonio Souaré rêvait d’un retour à la tête de la Fédération, cinq ans après l’avoir quitté, mais les électeurs ont préféré une nouvelle figure.
Le choix de Mamady Doumbouya peut être interprété comme une volonté de renouvellement à la tête d’une institution secouée par des crises à répétition depuis plus d’une décennie. Reste à savoir si ce nouveau profil permettra de tourner la page des querelles internes et de tirer le football vers le haut.
Honorer les promesses
Désormais aux commandes du football guinéen pour la période 2026-2030, Mamady Doumbouya et son Comité exécutif feront face à des dossiers majeurs. Le nouveau président, bien que novice, devra s’attaquer aux problèmes de gouvernance, au développement des compétitions nationales, au renforcement du football à la base et aux difficultés structurelles qui freinent la progression de la discipline.
Les infrastructures sportives, la formation des jeunes et la crédibilité des compétitions nationales figurent parmi les principales attentes des acteurs du secteur. Autant de chantiers qui nécessiteront des moyens, une vision cohérente et une capacité à fédérer les différentes composantes du football guinéen à qui il a promis de servir avec dévotion lors de la campagne.
Les quatre prochaines années seront déterminantes pour transformer les ambitions affichées en résultats concrets. Pour Mamady Doumbouya, l’enjeu sera de prouver que son élection ne constitue pas simplement une alternance à la tête de la FGF, ou le parachutage d’un proche du Président de la République à la tête d’une institution, mais le point de départ d’une véritable reconstruction du football.
Unité, gouvernance, stabilité : les maîtres-mots
Avant le vote, secrétaire général de la FGF, représentant des instances internationales, président du Comité national olympique ou encore ministre des Sports ont insisté sur la nécessité de rassembler, mettre fin aux guerres d’ego et de consolider la stabilité de la Fédération.
Ahmed Yahya, représentant de la FIFA, a réaffirmé la disponibilité de son institution et de la CAF à accompagner le football guinéen. Il a rappelé le potentiel sportif du pays : « La Guinée est un grand pays de football, un pays de passion, un pays de traditions, un pays de talents. Des joueurs comme Sehrou Guirassy, Naby Déco Keita, Ilaix Moriba et tant d’autres témoignent de cette extraordinaire richesse humaine et sportive ». Pour lui, ce potentiel ne se concrétisera pas sans des investissements adaptés et une gouvernance solide. « Le talent ne suffit pas. Il faut des académies, des éducateurs bien formés, des compétitions régulières, des infrastructures adaptées, une gouvernance solide et une fédération forte, stable et unie », a-t-il insisté.

Selon Ahmed Yahya, la Guinée n’a pas besoin de découvrir ses talents. « Elle doit créer les conditions pour que ces talents deviennent une force collective, durable et victorieuse ». Il a invité les candidats à accepter le verdict des urnes et à poursuivre leur engagement au service du football. « Gagner une élection, c’est gagner le droit de servir le football, pas celui d’exclure ceux qui ont pensé autrement », a-t-il interpellé.
« Le football guinéen n’appartient à aucun clan »
Le ministre des Sports, Cellou Baldé a appelé les acteurs à privilégier l’unité, la stabilité et la bonne gouvernance. Selon lui, les ambitions sportives de la Guinée exigent une Fédération structurée et professionnalisée. « Les performances ne reposent pas uniquement sur le talent des joueurs, elles dépendent aussi de la qualité de la gestion, la continuité des projets, la transparence des décisions et la capacité des dirigeants à assumer leurs responsabilités ». Le ministre a rappelé que l’autonomie fédérale doit s’accompagner de rigueur, d’intégrité et d’une véritable obligation de rendre compte, dans le respect des compétences de chaque institution.
À la future équipe dirigeante, Cellou Baldé a lancé un appel à faire du mandat qui s’ouvre celui « du rassemblement, de la reconstruction et du travail ». Le ministre déclare que : « Le football guinéen n’appartient à aucun individu, à aucun clan, ni à aucune équipe. Il appartient à la nation et à tous ceux qui le font vivre ».
Pour Mamady Doumbouya, le plus difficile commence maintenant. Transformer les promesses en actes, restaurer la confiance et démontrer que le renouveau annoncé peut devenir une réalité sur les terrains. A condition que son équipe et lui ne versent pas dans les pratiques du passé qui freiné considérablement l’essor du foot guinéen.
Abdoulaye Bah

