Alors que depuis près de 20 ans, les Guinéens étaient habitués à boire de l’eau en sachet en raison du coût accessible à tous, aujourd’hui celle-ci devient une denrée rare. Cela, deux semaines après la décision du gouvernement d’interdire les sachets plastiques à usage unique.

Dans la rue, dans les cafés, les gargotes, les marchés et autres lieux de rencontre, l’on se plaint de l’absence de l’eau en sachet. Désormais, de nombreuses personnes sont obligées de faire recours à l’eau de robinet ou de forage, malgré des risques, pour étancher leur soif.

L’importation, la fabrication et la vente des plastiques à usage unique sont formellement interdites sur toute l’étendue du territoire national, depuis le 20 septembre dernier. Le gouvernement justifie sa décision par le souci de préserver l’environnement, d’assainir l’espace public, de lutter contre l’insalubrité urbaine notamment les caniveaux, afin de prévenir les inondations. Seulement voilà, le secteur de l’eau est immédiatement impacté par la mesure. D’où des plaintes chez de nombreux Guinéens.

Au quartier Sonfonia, des personnes assises dans un kiosque, prennent leur café, cette fois sans l’eau. Mamadou Samba Diallo, client, déplore : « D’habitude, on me servait du café avec un sachet d’eau à 500 fg. Aujourd’hui, on nous oblige à acheter une cannette d’eau à 3 000fg, c’est très difficile. Je ne peux pas me permettre d’acheter une canette tous les jours, je sais aussi que la majorité des Guinéens ne peuvent pas en acheter à chaque fois qu’ils ont soif.» Mamadou Sambaestime que les autorités auraient dû trouver une alternative, avant d’interdire les sachets d’eau. Mountaga, vendeur de café, perd sa clientèle. Parce que, selon lui, en plus du bénéfice qu’il gagnait dans le café, il gagnait dans la vente de sachets d’eau, mais « maintenant c’est de l’eau de forage que nous proposons aux clients, certains prennent, d’autres refusent. Pourtant, nous ne pouvons pas vendre cette eau-là à nos clients», a-t-il dit. A 70 ans, Mamadou Adama Sow, boit encore du café au quotidien. Mais en l’absence d’eau en sachet, il boit de l’eau de forage, qui n’est pas tout le temps propre quand elle provient des cuves : « Cela est vraiment très difficile pour nous », fulmine-t-il.

Plaintes et difficultés se multiplient

 Dans les marchés, en plus du manque d’eau en sachet, le sachet en plastique qui servait d’emballage devient de plus en plus rare et naturellement cher, si on en trouve. À défaut d’emballages plastiques, certaines femmes ne savent pas à quel saint se vouer. Des vendeuses ont du mal à écouler leurs marchandises. « Je suis une vendeuse d’huile, c’est dans les sachets plastique que j’ai l’habitude de mettre l’huile, pour la revendre. Mais maintenant, il n’y a pas de sachets. Aujourd’hui, nous souffrons beaucoup, nous ne savons pas quoi faire. Comment allons-nous vivre, si nous ne pouvons pas avoir d’emballages pour vendre nos produits ? Nous demandons à l’Etat de nous aider à avoir des emballages réutilisables, pour que nous puissions écouler nos produits », a plaidé Rokya Condé, vendeuse au marché de Sonfonia.

Aïssatou Bah, vendeuse de poulets au marché Sonfonia, d’expliquer que des clients préfèrent ne pas en acheter, faute d’emballages. Pendant ce temps, Kadiatou Barry, vendeuse de feuilles, de concombres et d’oignons est d’accord sur la mesure gouvernementale interdisant le plastique en Guinée. Parce que, selon elle, cela va diminuer les ordures dans les rues. Elle souhaite que le gouvernement trouve rapidement des emballages recyclables, pour soulager les populations.

Pertes d’emplois

La conséquence directe de l’interdiction des sachets en plastique, c’est l’arrêt de production d’eau dans les unités industrielles. Cela a entraîné la perte de nombreux emplois. Déjà, la Compagnie des Eaux de Guinée (CEG) qui produit l’eau minérale en sachet « Coyah » a annoncé le licenciement de 50 salariés. « Suite à la décision de l’Etat portant sur l’interdiction des sachets en plastique notre entreprise fait face à un arrêt forcé de l’activité liée à cette gamme de produit. Cette interdiction règlementaire impacte directement notre volume de production et nous oblige à réorganiser urgemment nos activités pour préserver la pérennité de l’entreprise. Afin d’optimiser les lignes de production restante et maintenir les activités à flot, un travail complet de reclassement a été mené. Les salariés dont les compétences et les profils correspondaient aux besoins de ces lignes y ont été affectés. Malgré ces efforts d’optimisation et de reclassement, il n’a pas été possible d’absorber l’ensemble des effectifs sur les activités restantes. En conséquence, nous avons le regret de vous informer que des salariés seront placés en chômage technique », lit-on dans un communiqué de la CEG, publié dans les médias. Dire qu’elle n’est pas la seule compagnie qui produit de l’eau minérale en Guinée.

Mamadou Adama Diallo