Le 28 octobre, les membres statutaires de la FGF, Fédération guinéenne de football éliront un nouveau président et un Comité exécutif, pour quatre ans. La commission électorale a validé quatre candidatures, dont celle de Mamadou Antonio Souaré, ancien président de l’institution. Au-delà du fauteuil présidentiel, ce scrutin soulève une question fondamentale : pourquoi les équipes dirigeantes peinent-elles à aller au terme de leur mandat ?

Le rendez-vous électoral intervient dans un contexte de crise institutionnelle profonde, marqué par la chute successive de plusieurs dirigeants et l’effondrement du Comité exécutif. Alors que la prochaine assemblée générale élective aurait dû se tenir en janvier 2028, la Fédération guinéenne de football se retrouve une nouvelle fois contrainte de renouveler ses instances avant l’échéance. Comment en est-on arrivé là ? Et surtout, comment en sortir ?

L’épisode n’est pas isolé. À la fin du mandat de Mamadou Antonio Souaré, qui a dirigé la Féguifoot de février 2017 à avril 2021, les membres statutaires ne sont pas parvenus à trouver un consensus autour de l’adoption des nouveaux statuts de l’institution. Face à ce blocage, la FIFA a mis en place un Conor (Comité de normalisation), chargé d’expédier les affaires courantes et d’organiser de nouvelles élections. En janvier 2024, Bouba Sampil est élu à la présidence de la Féguifoot. Mais l’espoir d’un retour à la stabilité a rapidement été douché. Accusé de gestion opaque et de malversations, Sampil est révoqué par le Comité exécutif le 8 avril 2025. Sory Doumbouya lui a succédé pour la durée restante du mandat, sans parvenir, lui non plus, à conduire l’équipe jusqu’à son terme. Le 9 juillet dernier, Mamadou Alpha Hann, membre du Comité exécutif, a démissionné, dénonçant une « crise de gouvernance ». Avec six membres sur treize, le Comex (Comité exécutif) passe sous le seuil requis et s’effondre.

Ce scénario s’est répété à la Féguifoot entre querelles internes, démissions, interventions des instances internationales et nouvelles élections. La question n’est donc pas seulement de savoir qui dirigera à nouveau le football guinéen, mais qui brisera la malédiction des mandats inachevés.

Profils familiers, ambitions à départager

Le 15 octobre, la Commission électorale a publié la liste définitive des candidats retenus pour le scrutin du 28 octobre. Ils sont quatre. Premier nom sur la liste ? Antonio Souaré, président du conseil d’administration du Horoya AC qui tente son come-back aux commandes, cinq ans après son premier mandat. Longtemps empêché de se présenter en raison d’une sanction de la chambre d’éthique de la FIFA, son retour ne fait pas l’unanimité. Certains lui imputent une part de responsabilité dans les crises qui secouent le football guinéen.

Face à lui, Ibrahima Khalil Kaba, « Lilou » pour les intimes. Le président du Karfamoriah FC, mise sur son expérience dans le football et sur ses relations avec les dirigeants des clubs du championnat national. Sa liste compte treize candidats, dont trois femmes.

Autre prétendant, Mamady Doumbouya, directeur général de l’ARPT (Autorité de régulation des postes et télécommunications) et PCA de l’Union FC. Il apparaît comme l’un des plus jeunes candidats et l’un des favoris de cette course. Accusé d’avoir menti sur ses soutiens, il affirme bénéficier du soutien d’une partie importante des présidents de clubs. Son équipe compte des figures du monde des affaires dont Bakary Diaby, PDG du groupe Soguibec, et Abdoul Karim Diallo, héritier et DG de l’empire Sonoco.

Le quatrième candidat, Mohamed Chérif Haïdara, directeur général de SMC Négoce. Il entend lui aussi faire valoir ses compétences en management et en gestion.

Le football guinéen devra donc choisir entre quatre personnalités issues de cercles d’influence différents. Une question demeure cependant. Ces profils seront-ils capables de concilier leurs autres responsabilités avec la disponibilité qu’exige la gestion d’une fédération nationale ? Et comment garantir l’indépendance de l’institution vis-à-vis des intérêts des clubs qu’ils dirigent et des pouvoirs publics ? Au-delà des noms, fonctions et alliances, les projets concrets se font attendre. Calendrier des compétitions, financement des clubs, formation des arbitres et des autres acteurs du football, développement du football féminin et transparence budgétaire… Autant de chantiers qui nécessitent des engagements et objectifs mesurables.

Les véritables enjeux

La commission électorale elle-même n’échappe pas aux controverses. En juin dernier, elle a imposé un vote, poste par poste, pour la cooptation de six membres afin d’empêcher le Comité exécutif de tomber, malgré la position de la FIFA favorable à un scrutin par liste. L’opération a échoué. Le 28 octobre, les membres statutaires voteront par liste au sein d’un collège composé de clubs et d’associations. Une configuration qui peut favoriser les alliances et les négociations en coulisses, au détriment d’un débat public sur les programmes des candidats.

Cependant, l’enjeu dépasse la présidence. La FGF doit retrouver une stabilité durable. Une nouvelle crise de gouvernance fragiliserait davantage sa crédibilité aux yeux de la FIFA et de la CAF. Une fédération paralysée, c’est aussi le risque de voir ralentir la gestion des budgets et l’exécution de ses contrats et programmes. Les préparatifs des compétitions, les financements du programme FIFA Forward, les subventions destinées aux championnats nationaux, le développement du football féminin et la formation des arbitres figurent parmi les dossiers qui exigent une institution fonctionnelle, capable de prendre des décisions.

Quel que soit le vainqueur de l’élection, le plus dur débutera après le vote. Gouverner sans paralysie, rendre des comptes et empêcher que les conflits de personnes ne reprennent le dessus. Un nouvel échec offrirait un prétexte à une normalisation, que le football guinéen ne souhaiterait plus revivre.

Abdoulaye Bah