Alors que les peines privatives de liberté pour des délits de presse avaient été supprimées en 2015 au Burkina Faso, l’Assemblée législative a adopté à l’unanimité, le 20 octobre, un nouveau Code pénal qui les réintroduit. Pour des faits qualifiés d’apologie du terrorisme, dont la définition est vague, les journalistes peuvent désormais risquer jusqu’à 30 ans de prison. Reporters sans frontières (RSF) dénonce une régression alarmante pour la liberté de la presse et appelle les autorités burkinabè à ne pas promulguer le texte.
La “repénalisation des délits de presse” est présentée par l’Assemblée législative du peuple (ALP), le Parlement de transition du Burkina Faso, comme l’une des “innovations majeures” du nouveau Code pénal. Elle constitue, en réalité, un grave retour en arrière.
Plébiscité par l’ensemble des 71 députés le 20 octobre, le projet de loi avait été adopté en Conseil des ministres le 4 décembre 2025. Le texte, dont RSF a obtenu une copie, prévoit de sanctionner une entreprise de presse reconnue coupable d’“apologie de terrorisme” par une amende allant de 500 millions à un milliard de francs CFA (environ 762 000 à 1,52 million d’euros), une fermeture temporaire ou définitive et la confiscation de son matériel. Son dirigeant s’expose à 20 ans de prison et à une amende de 20 millions de francs CFA (environ 30 500 euros).
Pire, la définition d’“apologie de terrorisme” reste vague : en est coupable « quiconque présente ou commente favorablement et publiquement, le terrorisme en général, les actes de terrorisme déjà commis et les auteurs de tels actes », ce qui pourrait exposer les journalistes couvrant ou commentant la situation sécuritaire. Toute personne reconnue coupable lorsque les faits sont commis par voie de presse ou en ligne encourt en effet une peine de 21 à 30 ans de prison et une amende de 50 à 100 millions de francs CFA (environ 76 000 à 152 000 euros). Le Code pénal de 2018, qui avait introduit l’infraction, prévoyait une peine maximale de 21 ans de prison et une amende de 10 millions de francs CFA (environ 15 200 euros).
« C’est un coup de tonnerre pour la presse burkinabè. Onze ans après la fin des peines privatives de liberté pour des délits de presse, le Parlement opère un retour en arrière d’une extrême gravité. En criminalisant des contenus journalistiques susceptibles d’être interprétés comme favorables au terrorisme, les autorités risquent de transformer la couverture de la situation sécuritaire en mission impossible. RSF dénonce une grave menace pour le droit à l’information, qui risque d’encourager l’autocensure et d’étouffer les dernières voix indépendantes. La lutte contre le terrorisme ne peut justifier la criminalisation du journalisme. RSF appelle les autorités à ne pas promulguer ce texte et à renoncer à toute disposition qui sacrifie la liberté d’informer au nom de la sécurité nationale », a déclaréJeanne Lagarde, Responsable plaidoyer du bureau Afrique subsaharienne de RSF.
Un arsenal répressif qui s’alourdit
Le texte reconduit par ailleurs d’autres infractions introduites par la révision en 2019 du Code pénal de 2018 : la diffusion d’informations jugées fausses et susceptibles de faire croire à des atteintes aux personnes ou aux biens, ainsi que la diffusion d’informations relatives aux opérations antiterroristes, aux positions et aux équipements des forces de sécurité. Les sanctions atteignent jusqu’à dix ans de prison et dix millions de francs CFA d’amende (environ 15 200 euros). Il alourdit aussi les sanctions pécuniaires de certaines infractions, comme la participation à une “entreprise de démoralisation des forces” ou la divulgation d’informations sensibles liées à la défense nationale. Certaines amendes doublent et s’ajoutent à des peines pouvant aller jusqu’à dix ans de prison.
Depuis l’arrivée au pouvoir du capitaine Ibrahim Traoré en septembre 2022, les pressions contre la presse burkinabè se sont multipliées : menaces de mort, arrestations, enlèvements de journalistes, fermetures de médias, expulsions de journalistes étrangers… Ces restrictions renforcent l’autocensure et poussent de nombreux professionnels des médias à l’exil. Les journalistes Atiana Serge Oulon et Moussa Sareba, enlevés respectivement en juin 2024 et en août 2025, sont toujours portés disparus.
Le Burkina Faso occupe la 110e place sur 180 pays et territoires dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2026 de RSF.
REPORTERS SANS FRONTIÈRES (RSF)

