Membres du Front national pour la défense de la Constitution (FNDC, dissous), Sékou Koundouno et Ibrahima Diallo ont vu leurs passeports révoqués. Les documents de voyage constituent-ils désormais l’ultime moyen de pression des autorités guinéennes contre ses adversaires exilés ?
Des Guinéens venus de tous horizons ont fait le déplacement à Abidjan, le 8 octobre, pour rendre un dernier hommage à l’ancien Premier ministre Sidya Touré, assister à ses obsèques. Parmi eux, Sékou Koundouno et Ibrahima Diallo, respectivement chargé de la planification et stratégie et responsable des opérations du Front national pour la défense de la constitution (FNDC). Opposants déclarés au régime de Mamadi Doumbouya, les deux hommes se sont rendus discrètement en Côte d’Ivoire. Mais leur présence dans la capitale économique ivoirienne n’a pas tardé à s’ébruiter sur la toile. Hasard du calendrier ou acte mûrement réfléchi ? Toujours est-il que, pendant leur séjour abidjanais, la révocation de leurs passeports par les autorités guinéennes a été annoncée.
Conakry semble avoir trouvé un nouveau moyen de restreindre davantage la liberté de mouvement des opposants échappant encore à son emprise. Jusqu’ici, les autorités se contentaient de faire signaler certains passeports. Élie Kamano, Djanii Alfa ou, plus récemment, Aminata Bangoura (soutien de GMD au pouvoir qui aurait eu un différend avec un haut responsable du pouvoir) en ont fait les frais. Désormais, la mesure semble avoir franchi un nouveau palier : la révocation pure et simple des documents de voyage.
Figures politiques de premier plan
Avant Sékou Koundouno et Ibrahima Diallo, la mesure a déjà frappé des figures politiques de premier plan, notamment Cellou Dalein Diallo et feu Sidya Touré. Le président de l’Union des forces démocratiques de Guinée, UFDG (parti dissous par les autorités) aurait découvert la révocation de son passeport à l’aéroport d’Abidjan, alors qu’il s’apprêtait à embarquer pour New York, où il devait participer à la 81e session de l’Assemblée générale des Nations unies en septembre dernier. Depuis, l’opposant serait resté en Côte d’Ivoire.

De son vivant, Sidya Touré a également été touché par la mesure. Pour se rendre à Paris dans le cadre de ses soins médicaux, l’ancien Premier ministre aurait dû recourir à un passeport ivoirien.
En révoquant les documents de voyage de leurs adversaires, les autorités guinéennes les placent ces derniers dans une situation de vulnérabilité, en entravant leurs déplacements à l’étranger. La coordination nationale du FNDC y voit une manifestation de fébrilité du pouvoir. Pour elle, cet acte « n’est que l’expression de la peur et de la paranoïa qui habitent Mamadi Doumbouya ».
Certains redoutaient que les deux responsables du FNDC se retrouvent coincés en Côte d’Ivoire, contraints d’y prolonger leur séjour. Mais Sékou Koundouno et Ibrahima Diallo ont réussi à regagner l’Europe. « Les intentions de l’ennemi ont été étouffées dans l’œuf. Dieu merci, je reprends service », a réagi le premier sur son mur Facebook.
Au ministère de la Sécurité et de la Protection civile, la question de la révocation des documents de voyage semble particulièrement sensible. Interrogée sur le sujet, une source au sein du département nous a envoyés balader, en nous lançant sèchement : « Allez-y voir ailleurs ! »
Yacine Diallo

