Le 1ᵉʳ novembre, le Président Mamadi Doumbouya a inauguré la Nimba Gold Refinery (NGR) au quartier Gbessia-Cité de l’Air, près de l’Aéroport international Ahmed Sékou Touré de Conakry. L’unité aurifère, fruit d’un investissement privé, pourrait raffiner 733 tonnes d’or par an.
Jusque-là, son inauguration se faisait attendre après l’équipement et les premiers essais concluants opérés il y a près d’un an au sein de NGR ; un projet porté par l’entrepreneur mauritanien Yacoub Sidya auprès de l’État guinéen, appuyé par l’entreprise dubaïote Emirates Minting. Yacoub Sidya était parti du pays à la suite de la « disparition » d’une tonne d’or à la Banque centrale de la République de Guinée qui l’impliquerait. Ainsi, sont nées des incompréhensions entre les parties au projet.
Dans son élan de transformation locale de ses ressources minières, pour capter plus de valeur ajoutée, la Guinée, à l’image du Burkina Faso, a aussi inauguré sa première raffinerie d’or. Le métal jaune, brut, est interdit d’exportation depuis juin dernier par le Président de la République, Mamadi Doumbouya. Il compte désormais sur la NGR pour l’authentification, la certification, le raffinage et la traçabilité de l’or avant son exportation sur le marché international.

Moussa Magassouba, ex-ministre des Mines et de la Géologie, le représentant de la NGR, s’est consacré à la raffinerie depuis son départ du gouvernement Bernard Goumou. À l’inauguration, il a déclaré: « Après des décennies d’exportation incontrôlée et sans traçabilité de l’or brut guinéen vers les marchés étrangers, le chef de l’État, Mamadi Doumbouya, avait estimé qu’il était temps que l’or guinéen trouve toute sa valeur dans une raffinerie nationale, pilotée par des spécialistes guinéens, en vue d’une prospérité partagée. Il n’y a pas de développement économique sans industrialisation. C’est exactement là tout l’enjeu stratégique du projet de raffinerie, l’une des plus grandes et des plus modernes du monde ; incontestablement la plus grande d’Afrique. Le chef de l’Etat a su très tôt que notre or devait participer à bâtir une industrie et à renforcer la souveraineté économique de la nation ». En fonctionnant à 50%, soutient-il, la NGR peut générer un flux financier annuel de 4,5 milliards de dollars américain.
Exportation de l’or brut, révolue
Le ministre des Mines et de la Géologie, Bouna Sylla, était récemment en mission à Accra pour s’inspirer de l’expérience du Royal Ghana Gold Refinery. Il rappelle que depuis des siècles, la Guinée exploitait et exportait l’or à l’état brut. « Si notre pays figure parmi les importants producteurs d’or en Afrique de l’Ouest, la valeur ajoutée générée par le raffinage ne profitait pas au pays. Aujourd’hui, cette époque est révolue. Dorénavant, avec cette raffinerie, des emplois, des compétences, des revenus et des opportunités de développement bénéficieront à l’économie nationale. Cette raffinerie de dernière génération positionne la Guinée comme un acteur majeur du raffinage de l’or dans la région, sur le continent et dans le monde », affirme-t-il.
L’ambition de l’État est de faire en sorte que le métal jaune crée davantage de richesses dans le pays et pour sa population. « Tout le cadre réglementaire est mis en place pour permettre la traçabilité et assurer une gouvernance efficace de la filière aurifère, conformément aux meilleures pratiques internationales. La production nationale de l’or est dominée à 70% par l’exploitation artisanale. L’objectif est d’inverser cette tendance en faveur de l’exploitation industrielle et semi-industrielle dans le pays », ajoute le ministre Bouna Sylla.
Plus de traçabilité
En outre, l’État guinéen via la Banque centrale devra racheter 30% de la production nationale de l’or ; des acquisitions seront réalisées et payées en francs guinéens. L’objectif est de renforcer les réserves de change de la Guinée, de permettre à l’État de détenir directement une partie de sa production et de mettre fin à la valeur ajoutée qui partait à l’étranger. « C’est un grand pas en avant pour la Banque centrale, du fait de ne plus autoriser de l’or brut à être exporté. Cela permet le contrôle, la traçabilité et de lutter contre le blanchiment. À la Banque centrale, nous avons la possibilité d’acheter désormais 30% de la production industrielle de l’or en francs guinéens, ce qui nous permettra de diversifier nos fournisseurs et d’augmenter de façon considérable nos réserves de change », explique Karamo Kaba, le gouverneur de la Banque centrale.

En 2025, la Guinée a produit plus de 2,2 millions d’onces d’or. L’entrée en production de la mine de Bankan (Kouroussa), un des plus grands gisements aurifères non encore exploités en Afrique de l’Ouest, alimentera fortement la NGR. Cette mine détenue par la société australienne Predictive Discovery Limited, devenue PDI Gold Limited, projette une production de près de 250 000 onces d’or par an sur plus de 12 ans. L’objectif est d’atteindre plus de 400 000 onces par an à l’horizon 2029. Du chemin à faire.
Yaya Doumbouya

