Le 17 août, dans une série de décrets lus sur la RTG, le Président de la transition, général Mamadi Doumbouya, a nommé les directeurs régionaux et préfectoraux des élections. Un pas de plus vers les élections mais qui soulève la question de leur transparence.
L’opposition ne cesse de reprocher à la junte de gérer unilatéralement la transition. Elle rejette toute gestion du processus électoral par le Ministère de l’Administration du territoire et de la décentralisation. Mais plus on avance vers le référendum du 21 septembre prochain, le pouvoir lui donne raison.
Ce dernier a meublé, sans concertation, la DGE (Direction générale des élections), qui fait désormais office d’Organe de gestion des élections en Guinée. Le 22 juillet dernier, il a nommé à sa tête Mme Djenabou Touré, jusque-là directrice nationale des Affaires politiques et de l’administration électorale. Mme Touré était aussi commissaire à la défunte Commission électorale nationale indépendante.
Le 17 août, Mamadi Doumbouya a nommé également les directeurs régionaux et préfectoraux des élections. La majorité des promus sont tous fonctionnaires de l’administration centrale et déconcentrée. Évidemment. Leurs nominations soulèvent des interrogations sur la crédibilité et la fiabilité des futures élections.
Caporalisation de l’administration
Après s’être emparé du pouvoir le 5 septembre 2021, le CNRD (Comité national du rassemblement pour le développement) a caporalisé l’Exécutif local. Gouverneurs, préfets, sous-préfets sont quasiment tous en uniforme. S’y ajoute la nomination par décret, en 2024, des présidents de toutes les délégations spéciales à travers le pays, en remplacement des maires élus. L’opposition à la junte est convaincue que le général Mamadi Doumbouya veut « confisquer le pouvoir », en violation de la Charte de la transition qu’il a juré de respecter et de faire respecter.
A la veille du référendum du 21 septembre, l’administration publique (ministres, secrétaires généraux, directeurs de cabinet, directeurs nationaux, la liste n’est pas exhaustive) est en campagne pour la vulgarisation du projet de nouvelle Constitution. Les Forces vives (plateforme de partis politiques et d’ONG de la société civile opposée à la junte) y voient une volonté de Mamadi de « mettre en œuvre son agenda de confiscation du pouvoir (…). » Dans leur déclaration du 10 août, elles estiment que le « référendum convoqué le 21 septembre 2025 n’a pour objectif que de valider le projet de Constitution qui exonère [Mamadi Doumbouya] du respect de son serment et de sa parole d’honneur, à l’effet de s’offrir une présidence à vie. »
Hors compétition
Des agents de l’administration profitent de la campagne de vulgarisation, pour encourager astucieusement les populations à pousser le Président du CNRD à faire acte de candidature à la future élection présidentielle. Pas surprenant. Le général Amara Camara, ministre Secrétaire général et porte-parole de la Présidence et Ousmane Gaoual Diallo, ministre des Transports et porte-parole du gouvernement, se sont déjà dits favorables à une candidature du président de la transition. En dépit de l’engagement de celui-ci de ne briguer une quelconque élection.
Quoiqu’il en soit, les nominations de Mamadi Doumbouya, l’exil des leaders des principaux partis politiques, la violation répétée des droits humains en Guinée, l’attitude des agents de l’administration contrastent avec sa promesse de ne pas vouloir diriger la Guinée, après la transition. Mais il peut toujours surprendre les Guinéens, agréablement, en organisant des élections inclusives, transparentes, crédibles, acceptées de tous tout en étant hors compétition.
Mamadou Siré Diallo