Un regard rétrospectif sur notre histoire nous révèle que le mois de septembre est jalonné d’évènements qui s’inscrivent en lettre d’or. C’est le 29 septembre 1898 que les Français ont arrêté à Guélémou (dans l’actuelle Côte d’Ivoire) l’Almamy Samory Touré et l’ont déporté au Gabon dans l’île de Djolé, où il est mort le 2 juin 1900.

60 ans plus tard, lors du référendum du 28 septembre 1958, la Guinée rejette le projet de communauté franco-africaine que le général de Gaulle propose aux colonies françaises d’Afriques et qui prévoit de profondes réformes favorables à l’émancipation politique et sociale des territoires d’Outre-mer.

Le référendum constitutionnel du 21 septembre 2025 s’inscrit dans cette perspective, dans la mesure où il permet aux peuples d’adopter le projet de constitution qui met en place les structures et les mécanismes qui promeuvent la refondation, la rectification et les politiques économiques, sociales et culturelles qui sont en adéquation avec ces paradigmes.

Initialement fixé par décret au 24 août, le début de la campagne a été reporté au 31 du même mois. Convenons que cette campagne qui se déroule sans la participation de certains grands partis doit être conduite dans la ferveur, mais aussi et surtout dans la convivialité et la sagacité. Le combat politique est un combat d’idées qui privilégie la force de l’argument à l’argument de la force. On doit donc continuer à conduire, avec le savoir-faire requis et l’intelligence indispensable, l’exégèse du projet de constitution de manière que toutes les couches sociales de la population s’en approprient, en maitrisent les arcanes pour voter en toute connaissance de cause le 21 septembre.

Saine opposition d’idées

« Nul n’est censé ignorer la loi », qui doit donc s’appliquer dans toute sa rigueur à tous (« Dura lex, sed lex »). Se familiariser avec les textes juridiques est une nécessité. La Constitution, aussi appelée Loi fondamentale, est la matrice des lois. Elle conditionne donc notre vie. D’où l’intérêt de chacun et de tous d’être attentif à son contenu. Le travail de pédagogie qui a été entrepris durant la période d’explication du texte constitutionnel doit être poursuivi, peaufiné.

Par ailleurs, les équipes de campagne devraient bien se garder de toute provocation par des gestes inappropriés et des propos indélicats. On doit garder constamment à l’esprit que la conquête du pouvoir est une lutte dans laquelle sont engagés des adversaires et non des ennemis. Les allusions indécentes et discourtoises à l’endroit de ceux qui ne partagent pas votre opinion doivent être édulcorées.

Un jeune député français de droite, Jacques Toubon, avait peint cette réalité en ces termes : « Lors des débats à l’Assemblée nationale, il nous arrive parfois de nous traiter de tous les noms d’oiseau, de nous chahuter bruyamment. Mais aussitôt, hors de l’hémicycle, loin des caméras et des micros, nous rigolons et nous nous tenons pour nous rendre à la cafétéria et partager le repas ou prendre un verre. Nous appartenons souvent aux mêmes promotions universitaires et des Grandes Ecoles. Je demande donc aux Français de ne pas nous suivre dans ces simulacres de querelles pour ne pas être en mal les uns avec les autres. »

Voilà une belle leçon de civisme qui doit inspirer les Guinéens en cette période délicate de campagne référendaire. Il faut craindre de réveiller les vieux démons du désordre et de la chienlit.

Abraham K. Doré