Le procès opposant l’État à Oyé Guilavogui, ancien ministre d’Alpha Condé, a repris le 2 février à la Cour de répression des infractions économiques et financières (Crief.) Des zones d’ombre dans le dossier ont amené le juge à ordonner la réouverture des débats et l’identification des biens du prévenu.
Oyé Guilavogui, ancien ministre des Postes et télécommunications, puis de l’Environnement et du développement durable sous Alpha Condé, est parti de la Guinée en novembre 2023, pour des soins à Tunis. Poursuivi par l’Etat guinéen pour des faits présumés de détournement de deniers publics, enrichissement illicite et blanchiment de capitaux, le natif de Kindia n’est plus rentré au bercail. D’où les renvois répétés du dossier qui s’éternise devant la Crief depuis plus de trois ans.
L’audience de ce lundi 2 février devait être consacrée à la phase de réquisition et des plaidoiries. Mais elle a connu un nouveau rebondissement. Ousmane Sano, substitut du procureur spécial près la Crief, déclare que des nouveaux éléments dans le dossier mériteraient des réponses, avec notamment la comparution du directeur général de Huawei au sujet de 12 millions de dollars dont « l’usage non justifié » est reproché à Oyé Guilavogui alors ministre des Postes et des télécommunications.
Selon Ousmane Sano, le rapport de l’Inspection générale d’État (IGE) sur les budgets 2020 et 2021 du ministère de l’Environnement et du développement durable ferait mention de délégations de signatures non justifiées, la fraction non justifiée de plusieurs montants en francs guinéens, des passations illégales de marchés publics, des contrats non approuvés mais payés, entre autres.
Saisie conservatoire
Le substitut du procureur relève que plus de 32 milliards de francs guinéens auraient été consacrés à l’étude de la conservation de la biodiversité en Guinée. Sans justifs. « Nous demandons à ce que les Services des conservateurs fonciers soient instruits afin de nous fournir la liste complète des biens immeubles d’Oyé Béavogui. Il a des comptes dans quatre ou cinq banques de la place. Nous demandons également à ce que la Banque centrale soit saisie pour qu’elle écrive aux autres banques de fournir les relevés bancaires du prévenu », requiert-il. Et de conclure par demander la comparution du directeur ou chef de cabinet du ministère des Postes et des télécommunications, en poste sous Oyé Guilavogui.
Une demande que désapprouve Me Pépé Antoine Lama, conseil de la partie civile (Agent judicaire de l’État) : « Le ministre est l’unique ordonnateur. Je m’oppose fermement à cette demande du ministère public qui ne nous permet pas d’avancer dans cette affaire. Oyé Guilavogui prend en otage la justice, donnant l’impression que s’il n’est pas là son dossier n’avance pas ».
Fonds en cause
L’avocat demande à la Cour de saisir les biens de l’ancien ministre et d’en confier la gestion à l’Agence de gestion et de recouvrement des avoirs saisis et confisqués de l’Etat (AGRASC).Il a également sollicitél’identification de tous les comptes bancaires du prévenu.
Le président de la Cour, Yagouba Conté, a ordonné la réouverture des débats, la production par Huawei de tous les dossiers liés à la relance de la Sotelgui et le projet Backbone national.La Cour a ordonné à la Banque centrale de demander à celles commerciales de fournir les relevés bancaires d’Oyé, aux Services des conservateurs fonciers de Conakry et de Kindia, ainsi qu’à la Direction nationale des domaines et du cadastre d’identifier les biens du prévenu. Ces mesures sont à exécuter d’ici au 20 février, pour une reprise du procès le 23 février.
L’ancien ministre d’Alpha Condé est soupçonné d’avoir notamment détourné en partie 50 millions de dollars de prêts chinois destinés à la relance de la Sotelgui (Société des télécommunications de Guinée). A cela s’ajoutent 10 milliards de francs guinéens relatifs à un projet de reboisement ; 300 millions de dollars du Backbone national ; 17 milliards de francs guinéens et 94 milliards de francs guinéens, respectivement des exercices budgétaires 2021 et 2020.
Yaya Doumbouya


