Proclamé élu à l’issue de la sélection présidentielle du 28 décembre dernier, Mamadi Doum-bouillant reçoit des félicitations tous azimuts de partout. Chefs d’État et organisations internationales saluent sa «brillante» élection et «s’impatientent» de faire affaire avec lui, sans piper maux sur la situation des droits de l’homme en Guinée.
La classe politique et la société civile s’en inquiètent : depuis sa légitimation le 28 décembre, le Doum-bouillant nage dans les hourras de la communauté internationale. Le bidasse, qui a troqué son treillis contre le boubou blanc amidonné, est félicité de toutes parts. Les puissances occidentales comme la France et les États-Unis d’Amérique, les premières. Même son de cloche des organisations du continent et d’ailleurs : l’Union africaine, la CEDEAO, l’Union européenne…
C’est le grand retour de la Guinée, bannie au lendemain du coup de force du 5 septembre 2021, dans le concert des nations. Et de la manière la plus intrigante qui soit. Tous ou presque avaient condamné le putsch contre Alpha Grimpeur, exigé le retour au pouvoir d’un civil démon-cratiquement élu, suspendant la Guinée de leurs instances, avant de laisser faire les bidasses, peu à peu.
Dorénavant, on salue un scrutin organisé sans les principaux partis politiques. Des fleurs lancées à tout va au nouvel élu de la Guinée. On occulte les violations répétées des droits de l’homme et les restrictions des libertés fondamentales auxquelles le populo fait face. Aucun maux sur les disparus, les détenus ou encore les exilés politiques.

La bienveillance de la communauté internationale à l’égard des bidasses écœure les défenseurs des droits humains en Guinée: «C’est préoccupant. Avant, les relations diplomatiques étaient conditionnées au respect des droits humains. Aujourd’hui, c’est un bouleversement. À l’exception du secrétaire général des Nations unies, tous les autres se sont focalisés uniquement sur le processus électoral et sur d’autres intérêts partisans», regrette Kaly Diallo, défenseur des droits humains en Guinée. Il s’étonne que la communauté internationale oublie «les fondements de la mise en place des institutions internationales, les règles et principes de la démocratie », au profit d’autres considérations.
« Tout le monde est à ses pieds ! »
Lors de son investiture, Mamadi Doum-bouillant a tendu la main à tous les Guinéens, promis de changer les choses, mais n’a, à aucun moment, fait cas des prisonniers politiques, d’opinion ou encore des exilés.
Boubacar Biro Barry, membre des Forces sociales de Guinée, d’enfoncer le clou: «Chaque homme dévie une fois dans sa vie. Mais la communauté internationale, même de façon diplomatique, pouvait lui [Mamadi Doum-bouillant, ndlr] dire que sa gouvernance a des faiblesses qu’il devrait corriger au plus vite. C’est regrettable de voir tous ces pays ou institutions à ses pieds, alors que rien ne les empêche de lui exiger une amélioration, voire un changement.»
Au sein de la classe politique, rares sont ceux qui osent s’aventurer sur la question: «Nous avons décidé de ne plus commenter tout ce qui concerne le pouvoir», réagit, sous anonymat, un acteur politique. Mais Marc Yombouno, membre du bureau politique de l’ancien parti au pouvoir, le RPG Arc-en-ciel, n’a pas sa langue dans sa poche: «C’est dommage que la géopolitique ne soit plus la même qu’avant. Aujourd’hui, les droits de l’homme ne sont plus une priorité pour la communauté internationale. Chacun agit en fonction de ses intérêts du moment.»
L’ancien ministre d’Alpha Grimpeur redoute les conséquences du silence international: «Nous, au RPG, avons une double inquiétude. Le parti est suspendu, ses cadres sont en prison…Personne n’en parle. Si ceux qui sont censés garantir le respect des droits humains épousent la position de la junte, ce sont les Guinéens, à l’interne, qui paieront les pots cassés.»
Celui qui devait rendre le pourboire aux un civils a entamé son septennat. Advienne que pourra ?
Yacine Diallo


