Ce qui était prévisible est enfin là, telle une équation mathématique. En politique comme en maths, un plus un font deux. Les principaux opposants savaient qu’ils étaient dans la ligne de mire des autorités du 5 septembre 2021. L’obstacle a été neutralisé durant la transition, c’est là l’un des principes du pouvoir chers à Machiavel.

Depuis les premières heures du Comité national du rassemblement pour le développement (CNRD), le sort des leaders politiques était incertain. Puis, l’exil leur aura été défavorable, les coupant de tout ancrage politique dans le pays. Un bannissement de lourdes conséquences pour ceux qui l’ont subi.

Pourtant, parmi ces figures exilées, certaines semblaient avoir les atouts pour mener la résistance sur le terrain. Sans dossiers judiciaires encombrants ni passés sulfureux, ils jouissaient d’une image de technocrates intègres, capables de faire l’unanimité. Mais l’exil a eu raison d’eux.

Maintenant que le CNRD a parachevé sa quête de légitimité, il a relégué le terme « putschiste » aux archives. Avec l’organisation des scrutins référendaire et présidentiel, le général de corps d’armée Mamadi Doumbouya se fait désormais une place à la table des chefs d’État.

Le nouveau président élu est félicité par ses homologues suite à l’élection du 28 décembre 2025. Il devient aussi légitime que Xi Jinping, Paul Biya, Donald Trump, Vladimir Poutine, pour avoir été adoubé par les urnes.

Le Général a imposé sa doctrine par des opérations de séduction, notamment la promotion de jeunes cadres dans l’administration et le lancement de chantiers phares à l’instar du Programme Simandou 2040. En ralliant des leaders d’opinion et en multipliant les adhésions, l’esprit « Cnrdiste et Gmdiste » a fini par saturer l’espace public.

Face à ce constat, les leaders d’opposition ont-ils encore une ultime chance ? Pourquoi n’ont-ils pas choisi de rentrer plus tôt pour faire face aux hostilités et au pouvoir en place ? N’est-ce pas abdiquer par peur ? En conséquence, n’ont-ils pas signé leur propre acte de décès politique en laissant Mamadi Doumbouya seul maître du terrain et des horloges ? Une nouvelle génération, plus apte à s’adapter aux réalités politiques nouvelles, finira-t-elle par émerger ?

À défaut de combattre, ils devraient se consacrer à l’écriture de leurs mémoires. Cela enrichirait, au moins, les bibliothèques. L’enseignement dans les universités guinéennes pourrait également permettre de partager l’expérience acquise quand ils étaient aux affaires.

Car il est fort à parier que c’est le début d’un exil de longue durée pour certains d’entre eux, lâchés par leurs fidèles, affaiblis par les nouveaux dirigeants. La stratégie politique déployée par le CNRD pour contrarier l’opposition en quatre ans ne permet pas d’espérer que les échéances électorales prochaines (législatives, sénatoriales et communales) changeront le sort des opposants. Avec une transition de quatre ans et un septennat renouvelable une fois, la GMD est mathématiquement partie pour 14 ans de règne.

Tidiane Diallo, Journaliste et observateur socio-politique