Une affaire de détournement de fonds associatifs divise la diaspora guinéenne de France depuis plusieurs mois. Des virements bancaires « injustifiés » impliquant Daouda Conté, l’un des candidats de la diaspora (Europe) à la députation en Guinée, font jaser. Le 26 mars, une plainte pour « escroquerie » a été déposée contre lui à Paris, alors qu’il démarche pour sa candidature.
Des virements de fonds ont été effectués en 2025 entre comptes bancaires associatifs et d’autres personnels détenus par des Guinéens établis en France. Plus de 51 875 euros décaissés. Daouda Conté, alors président de la Confédération des associations guinéennes de France (CAGF) et trésorier de la Fédération des associations guinéennes de Hauts-de-France (FAG-HDF), est le principal mis en cause. Mais il a rejeté toute accusation de détournement, arguant avoir agi en conformité avec les statuts de l’association et avec l’accord du conseil d’administration.
En fait, un rapport de la commission d’enquête interne d’octobre 2025, mise en place par le conseil d’administration de la CAGF, a révélé le virement de 51 875 euros de son compte, entre le 20 janvier et le 28 août 2025. Sans pièces comptables. Dans un communiqué du 28 novembre 2025, Daouda Conté a indiqué n’avoir jamais détourné de fonds de la CAGF : « Toutes les opérations réalisées sous ma responsabilité sont documentées, traçables et conformes aux activités de l’organisation ». Même qu’il avait proposé une audition interne « afin que chacun puisse disposer des éléments clairs ».
Une plainte à Paris
Le 24 décembre 2025, dans un courrier de protestation contre sa mise en demeure par la CAGF que nous avons consulté, Daouda Conté a « récusé formellement » les griefs portés contre lui. « Je ne reconnais aucun abus de confiance ni enrichissement personnel », clamait-il. Tout en proposant au passage la démission collective du bureau et du conseil d’administration de la CAGF, pour permettre une transition neutre, mais aussi « le lancement immédiat d’un audit externe indépendant confié à un cabinet professionnel, allant de juin 2019 à septembre 2025. Seule une expertise tierce pourra garantir une analyse impartiale et rétablir la sérénité ».
Dans un communiqué du 25 mars 2026, la Coordination des associations guinéennes de France a annoncé le dépôt d’une plainte contre Daouda Conté auprès du tribunal judiciaire de Paris, pour « escroquerie. » Il cite une enquête interne accusant Daouda Conté d’avoir détourné 53 642 euros entre janvier et septembre 2025 « via un accès exclusif » aux comptes de l’association. « Cette plainte se base sur les travaux d’une enquête interne menée par deux anciens présidents et un ancien secrétaire général de l’association. Dans le cadre de cette enquête, ils ont eu accès aux comptes bancaires de la CAGF et ont pu interroger les membres du conseil d’administration dont M. Conté », ajoute le communiqué.
Un tour à Conakry
Selon Me Pierre Bouget, avocat français, conseil de la CAGF, signataire du communiqué, l’enquête interne a conclu que « seul Daouda Conté » avait accès aux comptes bancaires de la CAGF de janvier à septembre 2025. Il ajoute que « la responsabilité directe du président dans ces transactions est engagée. Les services de police sont informés et une enquête est en cours ».
Daouda Conté avait été désigné par l’ambassade de Guinée en France, premier directeur adjoint de la campagne présidentielle 2025 dans le Directoire Europe-France de la Génération pour la modernité et le développement-GMD. Mais la bataille entre prétendants au sein de la GMD-France pour la députation est serrée. Le 25 mars, le Directoire de campagne de GMD-France a enregistré six candidats, dont Daouda Conté et deux autres femmes. Il s’investit dans sa candidature de député de la diaspora (Europe) à la future Assemblée nationale de Guinée, en séjournant à Conakry.
Au total, deux compatriotes établis en Europe seront retenus pour siéger comme députés à la future Assemblée nationale à l’issue des élections législatives du 24 mai prochain. Dans une circulaire du 26 mars aux chefs de missions diplomatiques et consulaires de la Guinée, le ministre des Affaires étrangères a fixé les critères de candidatures pour la diaspora : justifier un engagement constant et avéré au service de la communauté guinéenne notamment depuis le 5 septembre 2021 ; être reconnu pour son leadership ; sa popularité et sa capacité à rassembler ; faire preuve d’intégrité morale, de probité et d’un engagement sincère pour la défense des intérêts nationaux, entre autres.
Yaya Doumbouya


