Le mois de mars a été le plus dur de la décennie, mais chat marche. Entre le jeûne, le carême et les bombes qui pleuvent, l’air est devenu si lourd qu’on aurait pu le couper à la machette. Nous avons jeûné le ventre vide, tandis que d’autres nous faisaient jeûner la peur. À fakoudou!
Donald Trump est vraiment un homme d’une générosité touchante. Qui d’autre que lui aurait l’élégance de dépenser un milliard de dollars par jour pour nous offrir la liberté ? Une liberté qui tombe du ciel, à grande vitesse, avec un sifflement aigu. Il libère les femmes et le peuple iranien avec une telle abondance ! Il bombarde les écoles pour éduquer les petits, il bombarde les universités pour faire avancer le savoir, il bombarde les hôpitaux pour soigner les malades, il bombarde les usines pharmaceutiques pour leur débarrasser des médicaments toxiques. Il bombarde tout ce qui bouge en Iran, car ce qui ne bouge pas est déjà libre. C’est une démarche très coûteuse, mais le progrès n’a pas de prix, à fakoudou !
On dit que l’habit ne fait pas le moine, mais le costume fait le clown. Quand un clown s’installe dans un palais, il ne devient pas président. C’est mathématique : c’est le palais qui devient un cirque. Avec l’élection de ce bouffon, la Maison Blanche ne sera plus le temple de la puissance, mais le chapiteau où l’on fait des grimaces une affaire d’État. Les éléphants républicains vont devoir apprendre à marcher sur une boule, et les ânes démocrates à sauter dans des cerceaux. Le monde entier retient son souffle, non pas d’admiration, mais de crainte que le maître de piste ne nous fasse disparaître dans un coup de pistolet à eau.
Il y avait quelqu’un qui disait : – « Donald Trump est un fou, c’est évident. Mais c’est un fou qui nous a offert une leçon de comptabilité inestimable. Ce fou, avec toute sa folie, nous a appris ce que la Guinée laisse s’évaporer : nos terres rares. On parle de 18 milliards de dollars par an qui partent en fumée ! C’est à faire pleurer un banquier suisse. Mais nous, on est des stratèges. On offre cadeau ces terres rares qui valent 10 000 dollars le kilo, comme des bonbons à la sortie de l’école, juste pour avoir l’honneur de nous accrocher à notre chère bauxite qui, elle, se vend quelques malheureuses dizaines de dollars la tonne. C’est comme si on troquait un lingot d’or contre un sac de gravier. Étonnant, non ? »
Mais passons. Parlons de choses sérieuses : le ballon rond. Bientôt la Coupe du monde. En sept décennies, la Guinée ne s’est jamais qualifiée. Elle n’a jamais pris une coupe, ni même une cuillère pour la goûter. Pourtant, regardez nos rues : elles sont envahies par nos fameux footballeurs. Ils courent après le cuir comme s’il s’agissait d’un billet de banque qui s’envole. Ils squattent le goudron, font des chiffons et des trous. Autant interdire le football purement et simplement. Ce serait une mesure de salut public : on protégerait nos caisses déjà vides et on sauverait nos pavés de l’enthousiasme destructeur de nos jeunes champions. Si on ne peut pas gagner une coupe, au moins, on économisera le bitume, à fakoudou !
Si nos footballeurs ne peuvent pas gagner une coupe sur le terrain avec leurs jambes, pourquoi ne pas la négocier avec leur langue ? Dans ce monde moderne, tout se discute gentiment autour d’une table, comme un marché de troc ou un contrat d’État. La FIFA et la CAF ne sont-elles pas de grandes familles où l’on s’entraide ? C’est d’ailleurs tellement vrai que personne ne sait encore qui, du Sénégal ou du Maroc, a gagné la dernière Coupe d’Afrique des nations. Deux mois après le coup de sifflet final, le résultat est encore dans les tuyaux, à fakoudou ! Alors, au lieu de dépenser l’argent du peuple pour des stades, dépensons-le en diplomatie ; on finira bien par trouver une coupe qui accepte de rentrer dans nos valises sans qu’on ait couru un seul mètre.
On chen fout, mais passons ! Il y a aussi ce silence lourd. Trop de morts suspectes, et des enquêtes qui traînent, pour ne pas dire figées. Inutile de citer des noms, inutile de donner des exemples, les fantômes savent qui ils sont. Notre justice est une vieille dame aveugle, c’est son travail de l’être. Le problème, c’est que le pouvoir tient le bâton qui la guide. Il la mène à droite et à gauche, selon les intérêts. Alors, dites-moi, comment pourrait-elle voir du côté des victimes, si elle ne voit que les chaussures de celui qui la tire par le bras ? Hé Kéla !
Mais passons. Ajoutons une petite note d’humour pour finir, car il en faut peu pour rire dans ce monde, mais il en faut beaucoup pour ne pas pleurer.
L’autre jour, au cimetière, un mec discutait avec un gardien devant une tombe ouverte. Le mec demandait, sceptique : « C’est une honte ! La tombe de mon frère s’est déjà affaissée ! »
Le gardien du cimetière, très calme, a répondu en pointant le trou du doigt : « Monsieur, ne vous inquiétez pas. Ainsi va la vie. Et ainsi va aussi la mort en Guinée. Ici toutes les tombes s’affaissent. Ce n’est pas la faute du terrain. C’est juste que nos défunts ont reçu tellement de coups pendant leur vie, qu’ils continuent de creuser pour se cacher, même une fois morts. » À fakoudou !
Sambégou Diallo
Billet – à l’école des sciences modernes
Nos éducateurs sont brillants. Chez nous, l’apprentissage, c’est du très sérieux. Dès la maternelle, l’enfant est confronté à des cours ultramodernes. Il n’apprend pas les histoires lointaines de grandes découvertes pour rêver, non. Il apprend des trucs fondamentaux, vitaux :
– Papa a fait pouuu !
– Mama a fait piiii !
– Messé a fait paaa !
– Bébé a fait pfff !
C’est avec ces algorithmes puissants qu’on nourrit leurs cerveaux. Franchement, avec un tel programme scolaire centré sur la mécanique des fluides (interne), on se demande dans combien de siècles le Guinéen réussira à envoyer un satellite sur une orbite, ou une fusée vers la Lune. Hé Kéla !
SD
Billet -un chat m’a conté
Conakry, ville de poussière et de bitume brûlant,
Où la fumée danse dans l’air,
Les gens avancent en tremblant,
Comme des oiseaux sans plan alaire.
Sur le pont de l’Aéroport, les taxis sont en troupeau,
Hurlant leur colère au milieu de l’embouteillage.
On pousse, on sue, on a perdu le sanglot,
Pour gagner le pain au milieu du cafouillage.
Mais la nuit tombe et l’électricité s’enfuit,
Laissant les foyers dans une pénombre grise.
On cherche le sommeil, mais la chaleur nous poursuit,
Et le ventilateur s’arrête : c’est la crise.
La vie reprendra demain, car le cœur est plus fort
Que la misère qui ronge les murs de la ville.
On rit, on danse, on chante au bord de l’effort,
Car à Conakry, l’âme est encore en vrille.
Ici, même l’espoir transpire,
Avant de tomber en panne.
SD

