Installé dans ses fonctions de procureur spécial près la Cour de répression des infractions économiques et financières (Crief) le 9 avril, Alphonse Charles Wright s’est mis à la tâche aussitôt. Il aura à réexaminer des dossiers déjà classés, à accélérer des affaires pendantes devant la juridiction et à engager des poursuites contre des délinquants financiers.
Après quatre ans à la tête du parquet spécial de la Crief, Aly Touré a passé le flambeau à Alphonse Charles Wright, ex-premier président de la Cour d’appel de Conakry. Installé, cet ancien ministre de la Justice et des Droits de l’Homme a promis de redorer le blason de la Crief, de traquer les délinquants financiers, de déterrer des dossiers dont les mis en cause avaient déjà été blanchis. Le procureur Wright n’exclut pas non plus de poursuivre des magistrats ou des ministres en exercice.
La détermination clamée par Alphonse Charles Wright ne semble pas convaincre Faya Millimouno, le président d’honneur du Bloc libéral (BL). Le 11 avril, chez nos confrères de Mosaiqueguinee.com, le leader a invité la Crief à aborder les dossiers avec sérieux, pour l’avenir du pays. « Qui détourne l’argent destiné à la santé a tué des milliers de personnes. Qui détourne les fonds de l’éducation a sacrifié la jeunesse. Qui détourne les ressources des travaux publics est implicitement responsable des accidents que nous vivons chaque jour », déclare Faya.
Créée en décembre 2021, dans le cadre de la reddition des comptes, la Crief a commencé par épingler des anciens dignitaires du régime d’Alpha Condé, déchu le 5 septembre plus tôt. Ce que dénonce Faya Millimouno, accusant la juridiction de s’être acharnée que contre les politiques. Pourtant, déclare-t-il, le régime du Président Mamadi Doumbouya enregistre aussi « des scandales récurrents. Quand des responsables comme des directeurs généraux sont interpellés, cela fait beaucoup de bruit au départ, puis plus rien. Ce fut le cas à la douane et aux impôts. Pour les proches du pouvoir, ce ne sont souvent que des annonces », déplore-t-il.
Les premières mesures
« Les immeubles qui poussent comme des champignons ne viennent pas d’un héritage. Ils ne sont pas financés par des salaires. Ça provient des fonds publics détournés, de la corruption endémique, tout simplement du crime. Il ne faudrait pas que la Crief devienne une cour destinée à régler des comptes politiques. Lorsqu’on accuse quelqu’un, on doit apporter des preuves, et non demander aux accusés de prouver leur innocence. Nous espérons que Charles Wright pourra corriger cette dérive et redonner à la Crief le rôle qu’elle aurait dû jouer », conclut-il.
Le 10 avril, Francis Kova Zoumanigui, le président de la Crief, avait annoncé la tenue, du 13 au 17 avril, d’une assemblée générale des magistrats, greffiers, assistants techniques, mais aussi l’état des lieux exhaustif des procédures pendantes devant la juridiction. Les activités juridictionnelles ordinaires reprendront le 20 avril, à 8 heures. « Cette mesure organisationnelle, limitée dans le temps, s’inscrit dans une démarche visant à améliorer la gestion des procédures, à rationaliser le calendrier judiciaire et à garantir un traitement plus diligent et efficace des affaires soumises à la Cour », souligne l’avis de report signé par le président de la Cour. Rien que ça.
Yaya Doumbouya

