L’agenda Femmes, paix et sécurité (FPS), cadre politique mondial destiné à renforcer les droits, la protection et la participation des femmes dans les processus de prévention des conflits, de paix et de sécurité, est au cœur d’un atelier organisé à Conakry du 20 au 22 mai. Il est destiné aux parties prenantes nationales et aux points focaux autour du Cadre continental de résultats (CCR), outil de suivi et de rapportage sur la mise en œuvre de l’agenda FPS.

La cérémonie de lancement de l’atelier a eu lieu mercredi 20 dans un réceptif hôtelier de Kaloum, en présence de représentants des Nations unies, de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao), de l’UNFPA, de l’Office de protection du genre, de l’enfance et des mœurs (OPROGEM), de l’ambassade d’Allemagne en Guinée, du Service de protection des personnes vulnérables ainsi que du ministère de la Femme, de la Famille et des Solidarités.

La rencontre a pour but de former les participants à l’utilisation du Cadre continental de résultats, un mécanisme harmonisant la collecte de données sur la contribution des femmes à la consolidation de la paix, à la médiation et à la prévention des conflits. Il ambitionne d’améliorer la capacité de la Guinée à produire des rapports annuels clairs sur les avancées liées aux droits des femmes et à leur implication dans les questions de sécurité nationale, tout en renforçant la synergie entre les acteurs locaux et les orientations de la Cédéao et de l’ONU Femmes.

De la gauche vers la droite, Fatoumata Samoura, représentante de l’ambassade d’Allemagne, la ministre de la Femme Patricia Adeline Lamah, Oletunde Olayemi, directeur représentant des Affaires humanitaires et chef de mission de la Cédéao

Oletunde Olayemi, directeur représentant des Affaires humanitaires et chef de mission de la Cédéao, a rappelé que la sécurité humaine demeure le socle des aspirations collectives à l’épanouissement humain. Soulignant que les femmes et les filles subissent les conséquences des conflits et de l’insécurité au même titre que les hommes, souvent de manière disproportionnée à travers les violences sexuelles et basées sur le genre (VBG), il a insisté sur la nécessité d’une participation inclusive. « Développer et maintenir le tissu des relations pacifiques dans la société, garantir une civilisation ordonnée et les droits humains nécessitent la pleine participation de tous les êtres humains. Exclure les femmes et les filles n’est pas seulement inacceptable, c’est aussi imprudent et irréaliste », a-t-il déclaré.

« Transformer le quotidien »

Évoquant la Résolution 1325 du Conseil de sécurité des Nations unies, pilier central de l’agenda FPS, Oletunde Olayemi a indiqué que l’Union africaine a adopté un Cadre continental de résultats afin de faciliter le suivi et l’établissement de rapports. « Nous sommes ici pour soutenir l’utilisation de cet important instrument dans l’avancement de cet agenda », a-t-il affirmé, se disant convaincu que la formation contribuera à accélérer la mise en œuvre de l’Agenda Femmes, paix et sécurité en Guinée.

Fatoumata Samoura, représentante de l’ambassade d’Allemagne à cet atelier, a rappelé que l’égalité entre femmes et hommes dépasse le cadre de la justice sociale, pour constituer une condition essentielle à la croissance et à une paix durable. « L’objectif de cet atelier est de renforcer les capacités des parties prenantes en matière de suivi et d’établissement de rapports sur l’agenda Femmes, paix et sécurité. J’espère que les résultats de nos échanges ne resteront pas confinés aux salles de conférence, mais contribueront véritablement à transformer le quotidien des populations ». Elle souhaite voir l’Allemagne accompagner la Guinée dans cette dynamique, estimant que le renforcement des capacités des femmes et leur participation effective aux prises de décisions sont indispensables à la construction d’« une Afrique plus résiliente, plus juste et plus prospère ».

Une vue de la salle des participants à l’atelier


L’agenda Femmes, paix et sécurité repose sur quatre piliers fondamentaux : la participation, la protection, la prévention, le secours et le relèvement, avec pour objectif de rendre les politiques de paix et de sécurité plus inclusives et sensibles au genre.

Améliorer les mécanismes

La ministre de la Femme, de la famille et des solidarités, Adeline Patricia Lamah, affirme que la Résolution 1325 adoptée le 31 octobre 2000 par le Conseil de sécurité de l’ONU a marqué un tournant majeur dans la reconnaissance du rôle des femmes dans les processus de paix et de sécurité. Selon elle, l’atelier de Conakry constitue un moment important pour réaffirmer l’engagement collectif en faveur d’une société où l’égalité entre femmes et hommes occupe une place centrale dans les domaines du maintien, de la consolidation et de la préservation de la paix.

La ministre a reconnu plusieurs défis, notamment les pesanteurs socioculturelles, l’insuffisance des financements et les faiblesses de coordination entre les différentes parties prenantes. « C’est précisément pour répondre à ces défis que la Commission de la Cédéao, avec l’appui du projet GIZ, a développé un cadre continental de résultats simplifié ainsi qu’un questionnaire adapté au contexte ouest-africain ». Elle a ajouté que cet outil stratégique permettra de mesurer les progrès accomplis dans la mise en œuvre de l’agenda FPS et d’améliorer les mécanismes de suivi et de rapportage.

L’agenda Femmes, paix et sécurité apparaît aujourd’hui comme un levier pour promouvoir des processus de paix plus inclusifs, capables de prendre en compte les contributions, souvent sous-estimées, des femmes dans la prévention et la résolution des conflits. A travers cette initiative, les acteurs réunis à Conakry entendent ainsi renforcer l’intégration de l’approche genre dans les politiques de paix et de sécurité.

Abdoulaye Bah