On nous bassine tout le temps avec ça : « Faut rester positif ! » Mais posez-vous deux minutes la question : le positif, est-ce vraiment toujours une bonne nouvelle ?
Prenez le chef d’entreprise. Qu’on lui annonce des résultats positifs, et le voilà rayonnant, champagne à la main, prêt à commander la Mercedes de l’année, avec siège massant et climatisation qui souffle plus fort que les promesses électorales.
Maintenant, prenez le médecin. Qu’il vous annonce un résultat positif, surtout pour un test de dépistage, et là… c’est la mâchoire qui se crispe, le cœur qui fait marche arrière et le ciel qui vous tombe sur la tête.
Le positif a donc deux visages. Pire : prenez le test de grossesse. Positif ! C’est l’extase pour le couple qui essayait depuis cinq ans, mais c’est le drame absolu pour la lycéenne qui a juste voulu « essayer une fois », sans capote, avec un petit amoureux qui jurait : «Je t’aime bébé !» Hé Kéla !
Bref, le positif, c’est comme le piment : ça réveille, mais ça brûle surtout ceux qui ne s’y attendaient pas. Alors, pour l’avenir de notre chère Guinée, on est positifs ou négatifs ?
Mes amis, la réponse est : ni l’un, ni l’autre. On est dans un monde qui n’a ni gauche ni droite, ni haut ni bas. Juste un immense vide sidéral où « la boussole » tourne plus vite qu’un ventilateur chinois.
Vous voulez rire ? Écoutez nos minus-tres. Pour eux, le bilan est hyper positif ! L’économie décolle, les routes poussent, les écoles forment des génies et la santé publique est au beau fixe. Si tu les écoutes, tu te croirais au pays des Bisounours, en voyage organisé. Tout va bien, Madame la Marquise !
Mais éteins la télé-bidon nationale et écoute le citoyen lambda, celui qui fait mille prières avant de sortir, parce qu’il ne sait jamais de quoi la journée sera faite ! Là, le discours change brutalement : tout est foutu ! L’argent qui manque, la démocratie qui s’érode, la corruption, le chômage endémique, les moustiques…
Le plus beau dans cette histoire de fous ? C’est que tout le monde a raison en Guinée. Le ministre a raison : pour lui, tout va super bien. Le débrouillard a raison : pour lui, c’est la survie quotidienne.
Du coup, on fait quoi ? On continue à sourire à la télévision pendant qu’on pleure dans nos marmites. La vérité, c’est que notre pays est devenu un gigantesque test de dépistage collectif : nous sommes tous positifs à la schizophrénie politique. Et ça, mes chers, c’est le seul résultat dont on se passerait bien. À fakoudou !
Il y avait quelqu’un qui disait : «L’hypocrisie est l’hommage que le vice rend à la vertu.» Wallahi, chez nous, le vice ne rend plus hommage à la vertu. Il lui construit carrément une villa duplex avec piscine et jardin.
Prenez certains de nos cadres qui se retrouvent au cœur des sextapes, mais aussi dans le journal officiel de la République. Hé Kéla ! Vous les voyez à la télévision avec le visage grave, le costume bien cintré, la posture du sage africain.
Ils nous expliquent doctement ce qu’il faut faire, comment se tenir, comment respecter la République, comment défendre ses valeurs. En public, ils sont la vertu incarnée. Les suricates de la morale nationale, le doigt levé en permanence pour rappeler le droit chemin.
Et puis le soir venu… rideau ! On ferme les caméras, on ouvre les téléphones et les fameuses pages X. Et là, miracle ! Les mêmes donneurs de leçons apparaissent en mode «hors antenne», dans des vidéos coquines.
Ceux qui expliquaient comment vous comporter en société vous montrent désormais, sans aucune gêne, comment ils se comportent dans l’obscurité. Les leçons de morale ont laissé place aux leçons… d’intimité. À fakoudou !
On est en droit de se demander : la décence a-t-elle simplement pris sa retraite anticipée ? A-t-elle quitté le pays en pirogue clandestine, fatiguée de n’être plus invitée nulle part ? Parce que ces derniers temps, le manque de gêne se porte à merveille.
Il y a même un nouveau rendez-vous à la mode dans la capitale : le parvis de la CRIEF. C’est devenu le festival préféré de certains anciens dignitaires. Un véritable podium judiciaire où défilent les anciens de ceci et cela, avec une régularité impressionnante. Et que leur reproche-t-on ? Une erreur de caisse ? Un chèque mal orthographié ? Non, mes chers ! On parle ici du grand art. Des détournements calibrés au millimètre. Des milliards envolés avec une précision qui ferait pleurer d’émotion un expert-comptable suisse.
Pendant ce temps, la pauvre vendeuse d’arachides marche sous le soleil avec sa bassine sur la tête, pour espérer gagner de quoi acheter un kilo de riz et deux cubes Maggi.
Parfois en Guinée, je me demande sincèrement si on ne confond pas les caisses de l’État avec les tontines familiales. Le phénomène est devenu tellement banal qu’il faudrait inventer un nouveau terme : le “franc glissant”. Oui ! Cet argent public qui glisse mystérieusement des comptes de l’État vers des villas climatisées et des comptes privés. Un phénomène scientifique digne d’une thèse doctorale.
Le plus fascinant, c’est le niveau d’audace. Parce qu’un maire ou un chef de délégation, ce n’est pas censé gérer les recettes du pétrole brut. On parle de marchés, de ristournes, de lampadaires qui ne s’allument même plus. Pourtant, malgré tout cela, certains arrivent à faire disparaître des milliards avec une sérénité monastique.
La honte, visiblement, est devenue un produit en rupture de stock. Ils comparaissent devant les juges le teint frais, la tête haute, comme s’ils avaient simplement oublié de rendre un livre à la bibliothèque. On chen fout !
On parle pourtant de gens qui ont juré sur le Saint Coran ou la Bible avant de s’asseoir dans leurs fauteuils. La malhonnêteté est devenue la monnaie la plus fluide du pays, au point qu’on se demande si ce n’est pas elle qui fixe désormais le taux de change. Alors, à défaut de la combattre, certains ont choisi la solution la plus simple : composer avec elle. Hé Kéla ! On fait comme si de rien n’était, on ferme les yeux et on continue la route, sourire aux lèvres et conscience en mode avion.
Dans ce décor, l’enrichissement facile est même en train de se déguiser en vertu. Oui, mes chers ! On dirait une nouvelle forme de sainteté moderne : plus tu détournes, plus tu es respecté dans certains cercles. On applaudit la réussite sans jamais demander le mode d’emploi.
Quant à l’avenir de notre chère Guinée, il se porte très mal. Il est couché entre Donka et Ignace Deen, sous perfusion de promesses, pendant que chacun fait semblant de ne pas voir qu’il respire encore… à peine. À fakoudou !
Sambégou Diallo
Billet – un chat m’a conté
À Kaloum, un fou ramasse un poulet mort. Un policier qui observe la scène l’interpelle :
- Toi là, tu es vraiment fou ! Ce poulet est mort depuis deux jours et tu veux le manger ?
Le fou répond calmement : - C’est toi le fou… tu as déjà vu quelqu’un manger un poulet vivant ?
Silence. Depuis ce jour, le policier se méfie de ces fous qui hantent les nuits de nos braves généraux. À fakoudou !
SD

