Je viens d’apprendre avec une immense tristesse le décès de Monsieur Souleymane Diallo. J’ai du mal à trouver les mots tant cette disparition me touche profondément.
Avec son départ, la Guinée perd l’une des plus grandes figures de sa presse indépendante. Un homme de convictions. Un homme de courage. Un homme qui a consacré sa vie à défendre la liberté d’expression, souvent au prix de sa tranquillité, de sa sécurité voire de sa liberté.
Il disait souvent que la prison était devenue sa seconde maison. Cette phrase, à elle seule, résume le parcours exceptionnel d’un journaliste qui avait fait le choix de l’indépendance et de l’éthique professionnelle, quelles qu’en soient les conséquences. À une époque où beaucoup cédaient aux pressions, lui restait debout.
Pour ma génération, Le Lynx et La Lance étaient plus qu’un journal. C’était une école. Une école de pensée critique, de rigueur intellectuelle et d’engagement citoyen.
Je garde un souvenir très particulier de cette période. Entre 2002 et 2008, fraîchement diplômé de l’université de Kankan, j’ai essayé, à plusieurs reprises, de faire publier des articles dans Le Lynx. Malgré ma formation en Lettres modernes, mes textes n’étaient pas encore au niveau des exigences du journal. Je recevais des refus, parfois difficiles à accepter, mais qui m’ont permis de comprendre que la qualité s’obtient par le travail, la patience et la persévérance.
Je n’imaginais pas alors que quelques années plus tard, à partir de 2011, plus d’une cinquantaine de mes articles seraient publiés dans Le Lynx et La Lance.
Aujourd’hui, en repensant à ce parcours, je mesure davantage ce que je dois à cette grande école du journalisme guinéen et à ceux qui l’ont bâtie.
Mon plus grand regret est que nous n’ayons pas assez l’habitude de dire merci à nos grandes figures pendant qu’elles sont encore en vie. Heureusement, des collègues, des amis et des acteurs de la presse lui avaient rendu un hommage mérité de son vivant. Diallo Souleymane a pu voir l’estime, le respect et la reconnaissance que lui portait toute une profession.
Cette disparition doit aussi nous interpeller. Nous devons apprendre à célébrer nos références nationales avant qu’il ne soit trop tard. Nos écrivains, nos journalistes, nos chercheurs, nos artistes, nos leaders spirituels et nos intellectuels méritent notre reconnaissance de leur vivant.
Ce soir, mes pensées vont à sa famille, à ses proches, aux anciens et actuels journalistes du Groupe Le Lynx et La Lance, ainsi qu’à tous ceux qui ont eu le privilège de travailler à ses côtés ou d’apprendre de lui.
Je prie Allah, dans Son infinie Miséricorde, de lui pardonner ses fautes, d’élargir sa tombe, de l’éclairer de Sa lumière et de lui accorder la plus haute demeure du Paradis, le Jannatul Firdaws.
Je prie également pour tous ses compagnons de lutte et collègues de la presse indépendante qui nous ont précédés.
Merci pour tout, Monsieur Diallo.
Merci pour votre courage.
Merci pour votre exigence.
Merci pour l’héritage que vous laissez à la Guinée.
Reposez en paix.
Vous avez marqué votre époque et vous continuerez longtemps à inspirer celles qui viendront après nous.
Algassimou Porédaka Diallo

