Le 1er juin 2026, Allah, le Tout Puissant, a arraché Yala-le-Gros-Lynx à l’affection des siens, proches, amis et collègues. La dévastation est incommensurable; l’émoi, populaire. Diallo Souleymane que ses collaborateurs appelaient affectueusement Yala-le-Gros-Lynx a bien marqué en lettre d’or dans le marbre, sa contribution à la transformation qualitative de la société guinéenne postrévolutionnaire.

De retour au pays natal libéré de la tyrannie par la mort de Sékou Tyran et le coup d’éclat de Fory Coco, Souleymane Diallo ne se résout pas à ronger son frein dans son Labé natal ni à Conakry- la proprette. Ce n’est pas son genre. Loin de là. Pas défaitiste, il considère son apport à l’évolution de la société guinéenne comme un devoir impératif, un devoir citoyen. Quand certains créent des partis politiques, il opte pour la fondation et l’animation d’un organe de presse. Considère-t-il la politique comme un champ de bataille d’hypocrites où alternent coups de fleuret moucheté et de sabre ? Toujours est-il qu’il choisit de moquer plus ou moins cruellement les politiciens et les politicards tout en les aidant à assainir leur landerneau. Il relativise le caractère rédhibitoire de la rareté des ressources humaines, financières et matérielles ainsi que la faiblesse de la culture démocratique et de tolérance. Il vainc les pires obstacles, crée Le Lynx, journal satirique d’informations auquel il ajoute, quelques années plus tard, la Lance pour former le groupe de presse Le Lynx-Le Lance. Dans la première équipe de rédaction se côtoient Bah Mamadou Lamine, Le KAA, Diomandé, Williams Sassine, Sékou Amadou Condé, Prosper Doré, BaBa Sylla. Une escouade de jeunes collaborateurs enthousiastes qui s’adjoint les Sanou Kerfalla Cissé, Moussa Cissé, Abou Bakr, Barry Ibrahima Sory BIS, Azoka, etc.

Après avoir brièvement assumé les tâches de monteur, Ibrahima Barry cède sa place à Amadou Diallo qui l’occupe encore aujourd’hui. Youssouf Ben Barry alias Oscar a brillé dans le rôle de caricaturiste, laissant un souvenir inoubliable. Le service commercial est demeuré la chasse gardée de Capitaine. De grandes dames et demoiselles ont laissé leur empreinte au service de secrétariat. Avec l’appui de ce beau monde, Souleymane Diallo a fait du Lynx une véritable institution crédible et digne de respect. Incontournable dans la diffusion de l’information juste et crédible, Le Lynx est devenu à la fois le journal de l’élite et de la plèbe. Par la dérision, il dédramatise les faits. Comme le fou du roi, jadis en Europe, Le Lynx dénonce avec férocité les travers et les tares des gouvernants et, d’une manière générale, de la société. Il moque les zélés de l’État (Ministre, Gouverneur, Préfet, et autres hauts commis), les affabulant de sobriquets de railleries, de calembours. Qui ne se souvient de Fory Coco, Sompe-la pipe, Soriba-Plat-tôt, Alpha Grimpeur, Sira de novembre, Lapin Doré, Bâ Banqueroute, Oncle Zorro, etc. ?

Que d’enquête pointues, fouillées auront contribué à lutter contre la corruption, la concussion et l’évasion fiscale. L’apport du Lynx à la promotion et a l’enracinement de la démocratie ainsi qu’à la libéralisation de la presse sont tout aussi inestimables. Yala le Gros laisse derrière lui une œuvre à laquelle beaucoup de générations pourront longtemps s’abreuver. Que la terre de Guinée que tu as tant servie et que tu désirais encore meilleure, te soit légère !

Abraham Kayoko Doré