Nous sommes le 22 janvier 2007. Depuis le 10 janvier, les syndicalistes Hadja Rabiatou Sérah Diallo et Dr Ibrahima Fofana ont déclenché une grève générale illimitée dans tout le pays.

L’intersyndicale CNTG-USTG, dirigée par les deux leaders syndicaux, exige du Président Général Lansana Conté la nomination d’un Premier ministre de consensus qui ne soit impliqué ni de près ni de loin dans les malversations financières éclaboussant le régime.
Mais le Président Conté et son entourage résistent. Ils ne veulent d’aucun partage du pouvoir. Cette confrontation plonge le pays dans une vague de manifestations qui gagne l’ensemble du territoire.

À Conakry, la plus importante manifestation et la répression la plus féroce se produisent le 22 janvier. Ce jour-là, des milliers de manifestants venus de toute la banlieue prennent la direction de Kaloum. Pour beaucoup d’entre eux, il s’agit de l’assaut final. Mais le régime a déployé au pont 8-Novembre ses éléments les plus redoutés. Les tirs des soldats feront de nombreuses victimes.

Diallo Souleymane, deux autres journalistes et moi décidons de partir à la rencontre des manifestants. Impossible de franchir le pont 8-Novembre. Nous prenons alors la direction de la corniche sud ou corniche de Coléah, mais celle-ci est devenue un véritable champ de bataille. Là encore, impossible de poursuivre notre route. Il nous faut trouver refuge pour échapper à la furie des militaires.
Une fois la répression terminée, nous tentons de regagner nos domiciles. Les rues sont désertes. L’atmosphère est lourde, pesante.

À la Cité ministérielle (Donka), un barrage de bérets rouges de la garde présidentielle immobilise la voiture dans laquelle nous avons pris place et que je conduisais. Nous parvenons finalement à franchir le barrage, sans encombre.
Au terme d’un véritable parcours du combattant, je réussis à raccompagner le doyen Souleymane jusqu’à son domicile.

Du pont 8-Novembre jusqu’à son domicile Koloma-Soloprimo, en passant par Coléah et les différents barrages militaires, à aucun moment le doyen Souleymane n’a laissé paraître le moindre signe de crainte ou de peur, alors même que nous entendions parfois les balles siffler autour de nous.

J’ai même eu le sentiment qu’il était heureux de vivre cette expérience au plus près des événements.

À bien y réfléchir, si le doyen Souleymane avait connu la peur, il n’aurait jamais mené avec autant de constance le combat qui fut le sien pour la liberté, l’indépendance et la dignité des journalistes.

Diallo Souleymane était de ceux qui refusent de céder à la peur. C’est sans doute ce qui faisait sa force.
Amadou Diallo, ancien journaliste de la BBC