Souleymane, tu étais libre de souffrir de ce désir de liberté, qui toujours, t’a accompagné ; qui jamais ne t’a soulagé. Car ta vision de liberté atteignait les sommets dorés d’une montagne immaculée, sur laquelle tu voulais guider l’humanité de ta Guinée.

On aimait te serrer la main, on comprenait le privilège d’être ta garde rapprochée, de pouvoir parfois t’approcher, comme le badaud vient s’incliner devant le noble bien habillé, le notable bien policé -et là je sais que tu souris-
Bien sûr qu’il fallait plaisanter, rire à pleines dents sur tous les drames, pour pouvoir bien les encaisser. Bien sûr qu’il fallait rabâcher, pour ne jamais abandonner cet hymne à la liberté. Ton hymne à la liberté, rejetant toute iniquité ; ton amour de la vérité, cette lumineuse vérité, voulant que nous soyons instruits par de simples réalités.

Souleymane, te voilà finalement libre. Libéré de nombreuses pensées. Libre de toujours te relaxer. Libre de ne plus résister. Libre de ne pas te retourner pour savoir si tu es ciblé. Libre d’enfin devoir la fermer -et là je sais que tu souris-
Quoi ? Tu n’as pas dit ton dernier mot ? Encore, tu veux réajuster tout ce qui nous a échappé ? Aurais-tu passé le flambeau à deux ou trois générations ; ce que peu de grands dirigeants ont légué à leur descendants ?

C’est vrai, le gros lynx n’est pas mort ; il est parti silencieusement ; il a dit non très poliment ; il rode là-haut au firmament. Le lynx ailé ne craint plus rien, il peut narguer le manticore, il peut enfin s’en amuser, sans se soucier du lendemain. L’esprit serein du séraphin plane au-dessus des initiés, qui sont encore enchainés aux portes de leur destinée.

La plume du sphinx (grec) chatouille le nez. Le lecteur peut éternuer. La voie cachée est empruntée par ceux qui savent observer, ceux qui ne craignent pas d’échouer sur les rives de l’éternité. Le poil du Lynx n’est pas dressé quand il se sait bien intégré dans un milieu très familier. Le savoir, c’est la vérité.

Tu as vécu une épopée, que nul ne peut imaginer, tant tu as été imprégné du principe d’indépendance, tant tu as été agrippé à cette valeur avec constance. Repose en paix, ça va aller. L’épopée est inventoriée, les exploits sont tous validés dans un grenier très bien gardé par nos bons historiens dévoués.

T’en fais plus, on veille sur le grain. On est taillé dans le même bois. Tu as semé et fait germer des idées parfaitement sensées, et nous sommes là pour perpétuer l’infortune des têtes brulées aussi têtues que la vertu -et là je sais que tu souris-
Souleymane, tu as retrouvé «ceux de la première réunion». Sois tranquille, on veille sur Le Lynx. En tout honnête chevaliers, nous espérons qu’un grand seigneur, finira par l’adouber, pour son loyal cœur blindé. Et s’il était abandonné, il saurait encore rayonner, fort de son passé singulier, qui aura fait de la Guinée, ce fier pays tant regretté pour ceux qui un jour l’ont quitté.

Nous te rejoindrons un d’ces jours. Nous fêterons nos retrouvailles. Nous ricanerons comme des parias. Nous serons outrageusement libres. Nous incarnerons la liberté de s’exprimer avec bonté, de vivre en toute sérénité, de travailler pour la justice, la noble solidarité.
-et là je sais que tu souris-

Nathalie Barge
1er juin 2026